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Taxer la viande pour faire payer ses dommages Ă  l’environnement ? En Allemagne, on y pense…

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Le mĂ©dia international public allemand, Deutsche Welle, d’une parfaite correction politique, vient de publier un article dans sa catĂ©gorie Climate Action pour suggĂ©rer la mise en place d’une nouvelle taxe sur la viande pour lutter contre le changement climatique. MĂŞme si la chronique de Melanie Hall remarque qu’en l’Ă©tat actuel des choses, il y a peu de chances pour qu’une sorte de « taxe carbone Â» sur steaks et autres saucisses vienne s’ajouter aux prix en boucherie, en tout cas en Allemagne, l’idĂ©e est de bien faire comprendre tous les dommages que fait subir la consommation de viande Ă  l’environnement. On comprend que l’Allemagne va devoir trouver un moyen de changer les mĹ“urs de ses habitants qui consomment en moyenne plus de 60 kg de viande par an.
 
L’idĂ©e est simple. Si les prix de la viande tenaient compte du facteur environnemental, elle coĂ»terait Ă  peu près trois fois plus cher qu’aujourd’hui – 196 % de plus, très exactement ; les viandes « organiques Â» produites selon les chartes biologiques coĂ»teraient quant Ă  elles 82 % plus cher.
 

Taxer la viande pour extirper le vice

 
Pour arriver Ă  ces chiffres, l’universitĂ© d’Augsburg ajoute au prix de revente de la viande trois « coĂ»ts cachĂ©s Â» : la pollution rĂ©sultant des engrais Ă  l’azote, les Ă©missions de CO2 et l’utilisation d’énergie. On peine Ă  croire que cette dernière ne soit pas dĂ©jĂ  incluse dans le prix des produits carnĂ©s – il s’agit donc de son impact Ă©cologique calculĂ© par les chercheurs… Quant au CO2, c’est bien sĂ»r un coĂ»t fictif qui est calculĂ©, fondĂ© sur le postulat de sa nocivitĂ©. Le coĂ»t de la pollution aux nitrates se retrouve quant Ă  lui dans la facture d’épuration des eaux Ă  la charge de la collectivitĂ© et donc payĂ© par les taxes locales, avancent les universitaires. Ils oublient, sans doute, les redevances pour pollution de l’eau imposĂ©es aux Ă©leveurs â€“ et dĂ©jĂ  rĂ©percutĂ©es sur les prix de la viande proposĂ©e au consommateur !
 
Mais qu’importe. Il s’agit de faire accepter l’idĂ©e de faire peser sur l’ensemble des produits carnĂ©s une sorte de « taxe sur le vice Â» comme celle qui alourdit le prix de la cigarette, des alcools ou des sodas, mais aussi des carburants – la lutte contre le changement climatique, ne l’oubliez jamais, est d’abord une affaire morale et de modification des comportements. ArrĂŞter de fumer, adopter un mode de vie plus sain, emprunter les transports en commun, se mettre au pas, tout cela relève d’une mĂŞme logique.
 
Le problème pointĂ© par l’auteur est que la viande est aujourd’hui « trop bon marchĂ© Â» dans de nombreux pays, les prix en rayon masquant « les coĂ»ts cachĂ©s Â» de la viande. Car la viande et l’industrie laitière, souligne Melanie Hall, sont en passe de devenir « les plus grands contributeurs au changement climatique Â», passant devant l’industrie des carburants fossiles elle-mĂŞme. D’ici Ă  2050, selon des organismes internationaux, le secteur de l’élevage pourrait reprĂ©senter 80 % du budget des gaz Ă  effet de serre « autorisĂ©s Â».
 

Facturer les dommages à l’environnement, surtout s’ils sont fictifs

 
S’appuyant donc sur la fable du rĂ©chauffement dĂ» Ă  des causes humaines et plus prĂ©cisĂ©ment au CO2, on nous explique que la consommation de viande est en tĂŞte des facteurs qui vont dĂ©clencher une quasi Ă©bullition de la planète. Rien qu’en Occident, selon la revue Nature, il serait urgent de rĂ©duire cette consommation de 90 %, pas moins. L’ensemble de la population mondiale devrait mĂŞme passer Ă  un rĂ©gime « flexitarien Â» dont les lĂ©gumes et plantes formeraient la base et la viande l’exception – les jours de fĂŞte, sans doute. (Et dire qu’on se moque de l’abstinence du vendredi…)
 
Les auteurs de la revue Nature voient en la taxe sur la viande une excellente solution, mais l’Allemagne compte non seulement des carnivores habituels, mais aussi une fraction non nĂ©gligeable de la population qui a augmentĂ© sa consommation de viande, notamment des hommes physiquement très actifs. « Peut-ĂŞtre de disent-ils : “Je vais simplement faire ce dont j’ai envie” Â», observe Katrin Wenz, conseiller en agriculture de Friends of the Earth Germany. VoilĂ  un individualisme qu’il faut extirper Ă  tout prix.
 

L’Allemagne carnivore, cible de la culpabilisation environnementale

 
De la même manière, Katrin Wenz déplore la tendance à la production de masse pour créer des produits peu coûteux pour le marché global. Une abondance qui profite pourtant à tous.
 
Si les producteurs et politiques allemands rechignent, pour l’instant, Ă  introduire une nouvelle taxe Ă  la fois mauvaise pour les affaires et pour la popularitĂ© des uns et des autres, ce n’est pas pour autant que les rĂ©chauffistes vont lâcher le morceau. Katrin Wenz propose ainsi de mieux « Ă©duquer Â» les jeunes gĂ©nĂ©rations sur le plan nutritionnel, de proposer davantage de menus vĂ©gĂ©tariens Ă  un meilleur prix dans les cantines, d’étiqueter les produits carnĂ©s de manière plus claire. Beau mix entre pressions et interventions des pouvoirs publics et culpabilisation Ă  grande Ă©chelle.
 
L’essentiel est non seulement que l’homme se sente de trop, mais qu’il sacrifie aux idoles en Ă©gorgeant des carottes plutĂ´t que des agneaux !
 

Anne Dolhein