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Mugabe ne sera pas ambassadeur de bonne volonté de l’OMS : l’Afrique et l’ONU dans la tourmente postmoderne

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La nomination du dictateur zimbabwéen Robert Mugabe au poste d’ambassadeur de bonne volonté de l’OMS a été annulée. Cette farce hallucinante illustre et concentre le délabrement de l’Afrique et les contradictions de l’ONU dans le monde postmoderne.
 
Robert Mugabe est l’un des plus anciens espoirs de la démocratie postmoderne. Lorsqu’il fut élu pour la première fois président de la république du Zimbabwe, il avait soixante-quatre ans : ce n’est pas à cet âge qu’on commence une carrière de dictateur. La communauté internationale se réjouit de voir cet ancien condisciple de Julius Nyerere et de Kenneth Kaunda accéder aux responsabilités. Il s’y préparait depuis longtemps. Son père était un Shona du Nyassaland, depuis rebaptisé Malavi, qui formait alors avec la Rhodésie une fédération. Il abandonna le petit Robert qui grandit seul avec sa maman dans la mission jésuite de Kutama au nord-est de Salisbury, alors capitale de la Rhodésie du Sud. Abandonné, Mugabe junior poursuivra d’interminables études à l’étranger avant de revenir en 1960, à 36 ans, en Rhodésie du Sud, imbibé de convictions marxistes et d’ardeur révolutionnaires.
 

Mugabe, révolutionnaire violent et raciste revendiqué

 
Activiste violent, il se revendique « diplômé de violence », il fonde son parti ethnique, le ZANU, est arrêté en 1964, et mis en prison. Un an plus tard, la Rhodésie du Nord ayant proclamé son indépendance, Ian Smith en fait autant pour la Rhodésie du Sud. Maintenant la minorité blanche au pouvoir, il fait du pays le modèle du développement en Afrique. Mais la pression internationale conduira aux accords de Salisbury en 1978. Les garanties données à la minorité blanche s’évanouiront très peu après quand en 1980 Mugabe sera devenu le premier premier ministre du Zimbabwe, nouveau nom de la Rhodésie du Sud. Avec la majorité Shona, il mène une guerre ethnique contre la minorité Ndébélé, puis, pour sceller la réconciliation nationale, il s’en prend aux Blancs, supprimant le collège électoral qui leur est réservé en 1987, l’année où il devient président.
 

Mugabe a ruiné le Zimbabwe

 
La chute du mur de Berlin et l’effondrement officiel des régimes communistes l’amènent à donner à son marxisme la forme nouvelle de l’antiracisme, selon un processus décrit par Alain Finkielkraut. Sous couleur de réforme agraire il donne la chasse aux fermiers blancs qui font marcher le pays. Vols, exactions, meurtres se succèdent, ce qui provoque la fuite des Blancs qui provoque elle-même le chaos économique et la faillite. Le Zimbabwe, naguère exportateur de produits agricoles, dépend aujourd’hui de programmes d’aide internationaux. On estime aujourd’hui, mais ces statistiques ont-elles un sens, qu’entre sept et neuf actifs sur dix sont au chômage au Zimbabwe.
 

Mugabe à l’OMS : l’Occident contre, l’ONU divisée

 
A la fin, les excès du personnage ont lassé une communauté internationale pourtant blasée sur les pitreries et les misères de l’Afrique depuis la décolonisation. Même l’Union européenne a dénoncé ses « violations des droits de l’homme », et Desmond Tutu, évêque anglican, agitateur marxiste et prix Nobel de la paix, le traite de « caricature de dictateur africain ». C’est pourquoi sa nomination au poste d’ambassadeur de bonne volonté de l’Organisation mondiale de la santé a provoqué un tollé général. Lorsque le directeur de l’OMS, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, a chargé le 18 octobre Mugabe de « lutter contre les maladies non transmissibles, comme les attaques cardiaques et l’asthme en Afrique, les Etats-Unis, gros payeurs de l’OMS, et la Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale en Rhodésie, ont protesté officiellement, et le premier ministre canadien a résumé l’opinion de tous : « Quand j’ai entendu parler de la nomination de Robert Mugabe par l’OMS, franchement, j’ai cru à un mauvais poisson d’avril ».
 

Un ambassadeur de bonne volonté qui lasse celle du monde entier

 
L’opposition zimbabwéenne a eu beau jeu d’ironiser sur la nomination à l’OMS d’un homme qui, selon l’avocat Doug Coltart « prend l’avion pour Singapour pour un traitement médical parce qu’il a détruit le système médical du Zimbabwe ». Et il est vrai que le président, et son épouse Grace qu’il verrait bien lui succéder, se font soigner à l’étranger – comme un Bouteflika aujourd’hui ou un Mobutu hier. Il y a deux mois, Grace Mugabe a même provoqué un incident diplomatique à Johannesbourg où elle se faisait soigner le pied en fendant le front d’un top model qu’elle soupçonnait de coucher avec ses fils. Au delà du ridicule de ces mœurs de roitelets, cela en dit long sur la misère qu’a engendrée la décolonisation en Afrique : dans les années cinquante, les hôpitaux d’Alger comptaient parmi les meilleurs, et la première opération du cœur eut lieu au Cap en 1967, il y a tout juste cinquante ans : aujourd’hui, il n’y a presque plus d’eau potable en Afrique du Sud. La nomination du vieux tyran Mugabe est en effet dérisoire, mais il ne faudrait pas lui faire porter seul la responsabilité d’une situation que tous les partisans de la décolonisation brutale et rapide ont amenée. La régression que cette décolonisation a provoquée et les pillages qu’elle a permis ont bien servi la « communauté internationale ».
 

L’Afrique fidèle à Mugabe dans la tourmente

 
Un fait reste : le directeur de l’OMS a bien nommé Mugabe ambassadeur de bonne volonté avant de reculer sous la pression générale. Cela veut dire que le tiers-mondisme et le marxisme dont Mugabe était une figure gardent une forte influence à l’ONU dont l’OMS et l’Unesco sont des agences. Selon l’ONU, « Depuis le début des années 1950, les Nations unies ont obtenu le soutien bénévole d’éminentes personnalités dans le domaine des arts, de la musique, du cinéma, du sport et de la littérature afin de mettre en exergue les principaux enjeux et d’attirer l’attention sur ses activités ». Nicole Kidman, Emma Watson, Angelina Jolie, Jennifer Lopez, ont fait partie du lot, mais aussi Pierre Bergé, Jean-Michel Jarre, Marc Ladreit de Lacharrière, Mandela, Yehudi Menuhin et Rostropovitch. Aux yeux du directeur de l’OMS, Mugabe ne déparait pas dans le tableau. Il a d’ailleurs conservé le soutien constant de l’OUA, l’organisation de l’unité africaine, et, selon les observateurs qu’elle avait dépêchés au Zimbabwe à l’été 2013 pour surveiller les dernières élections, celles-ci se seraient déroulées de manière « libre, crédible et transparente ». C’est-à-dire que la fraude n’y a pas été plus manifeste qu’ailleurs en Afrique.
 

Comment l’ONU impose la démocratie postmoderne

 
Ce que nous appelons le politiquement correct, la nouvelle norme mondiale et mondialiste, résulte en fait d’un compromis idéologique entre l’Est et l’Ouest qui conjugue le plus totalitaire des deux systèmes, c’est-à-dire dans la résultante des propagandes anglo-saxonnes et marxistes. L’OMS a pensé pouvoir promouvoir Mugabe pour complaire à la majorité tiers-mondiste, puis s’est avisée que le rapport des forces ne le permettait pas. Mais cet apparent faux-pas a permis une avancée du processus mondialiste. En effet, les nations occidentales n’ont pas été seules à critiquer la nomination du tyran au poste d’ambassadeur de bonne volonté, les oppositions de gauche africaines se sont jointes à elles, et ce consensus a été relayé par les ONG. Les ONG ont été associées de manière décisive à la critique de la décision : or les ONG sont une émanation de l’ONU. Seules les ONG qu’elle accrédite ont du poids sur « la scène internationale ». Donc l’ONU se critique elle-même pour mieux imposer ses objectifs. Ainsi UN Watch, ONG située à Genève dont l’objet social est de surveiller l’ONU pour qu’elle respecte sa propre charte exige-t-elle que Tedros « exprime des regrets » et la création d’une « commission internationale d’enquête ». Après la lutte entre tiers-mondistes et puissances occidentales, voici la fusion des intérêts : l’ONU doit maintenant imposer partout la démocratie postmoderne.
 

Pauline Mille