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  Les évêques allemands appliquent aux protestants le document sur l’intercommunion – le résultat n’est pas bon mais François ne dit mot  

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On s’en serait douté. Un tiers des 27 diocèses allemands a déjà publié des déclarations concernant l’application du « guide » d’intercommunion récemment officialisé par la Conférence épiscopale allemande. Et les résultats sont sûrement à la hauteur des espérances de ses auteurs – le site bien informé OnePeterFive nous en dresse le tableau. Un évêque a été jusqu’à inviter tous les conjoints protestants à célébrer leur anniversaire de mariage par la participation à la Sainte Communion, sans plus de conditions, c’est-à-dire sans se convertir à la foi catholique, et même sans confession sacramentelle préalable. Un seul diocèse, jusqu’ici, a déclaré qu’il se retiendrait de mettre en œuvre le nouveau guide.
 
Le « pluralisme » de ces interprétations devrait poser question – et gravement. Mais François ne dit mot, comme il le fait malheureusement à chaque fois dans ces situations qui le mériteraient. Pour un faux idéal œcuménique, on court le risque de sacrifier la doctrine (le Code de droit canonique est transgressé) et de rabaisser pour tous la réalité eucharistique. Dans une même perspective, quid des Anglicans ?
 

Des conjoints protestants appelés à communier pour fêter leurs 50 ans de mariage !

 
Sur un tel texte à la marge d’appréciation si large, il fallait s’attendre à des outrances. Le message le plus engagé est venu de l’évêque de Würzburg, Mgr Franz Jung, qui a invité le 6 juillet dernier tous les conjoints protestants de son diocèse à célébrer leur anniversaire de mariage dans sa cathédrale de St. Kilian : en participant à la Sainte Messe et en recevant la Sainte Eucharistie.
 
De disposition particulière il ne fallait avoir, hormis le fait, selon ses mots, de « se sentir disposé à le faire ». Exit le mot « conversion » ou « confession ». Au journal catholique allemand Die Tagespost qui interrogeait le diocèse, il a été répondu que cette démarche était « conforme aux préceptes de la loi de l’Église ».
 
Dire que le pape François n’avait pas voulu que le texte officiel soit signé de la Conférence épiscopale, parce qu’il en tirerait une valeur trop universelle… ça n’a rien changé bien évidemment. Pire, toutes les interprétations semblent être de mise, jusqu’aux plus libérales, sans que l’Église y ait à redire puisque c’est seulement « local » et « pastoral ».

 

Le journaliste Peter Winnemöller voit « un schisme à portée de main »

 
Seulement, que devient la Sainte Communion dans ce cas du diocèse de Würzburg ? Une simple « récompense pour une occasion spéciale » comme l’a écrit le journaliste Peter Winnemöller sur le site d’information autrichien Kath.net. La récompense d’un mariage de longue durée. Du cas formel d’« urgence » inscrit dans le Code de droit canonique, et déjà extrêmement édulcorée par « l’urgence spirituelle » définie dans le document allemand, on est passé à la gratification encourageante !
 
Pour Christoph Ohly, prêtre et professeur de droit canonique, cette invitation épiscopale à la Sainte Communion contredit « le droit canonique avec ses implications théologiques (…) et donne l’impression que la réception des sacrements ne dépend que de la volonté actuelle d’un évêque » (Die Tagespost). Les sacrements courent le risque de devenir de simples rituels de proximité communautaire…
 

Un seul des évêques allemands s’est jusqu’à maintenant levé
 

 
Un certain nombre d’évêques ont acté, officiellement, cette « possibilité de recevoir la communion dans des cas individuels ». D’autres attendent de nouvelles discussions avec la Conférence épiscopale. Des sept évêques allemands opposés jusqu’à présent au texte controversé, seuls deux d’entre eux ont clairement confirmé leur position. L’archevêque de Bamberg, Mgr Ludwig Schick, s’est en fin de compte rallié. Seul Mgr Rudolf Voderholzer, évêque de Ratisbonne, a déclaré qu’il n’appliquerait pas le nouveau guide d’intercommunion et attendrait de Rome des éclaircissements supplémentaires sur les « situations d’urgence » mentionnées au canon 844§4, qui permet la communion pour les chrétiens non catholiques.
 
Des « éclaircissements » venant de Rome ?! Le Pr Christoph Ohly dit aussi en attendre… Mais que peut-on espérer du pape qui a permis, in fine, la publication de ce document largement sujet à caution ?! Qu’a dit François de la démarche ultra libérale de l’évêque de Würzburg ? Rien. Quand bien même l’un des auteurs du texte sur l’intercommunion, Mgr Marx, fait partie des neuf prélats de sa garde rapprochée…
 
Depuis le début de son pontificat, ces zones d’ombres mères de nombreuses incompréhensions et contradictions sont sa marque de fabrique. Les auteurs des Dubia n’ont jamais eu aucun des « éclaircissements » demandés. Et d’aucuns se servent à bon escient de ce néfaste brouillard pour faire avancer le schéma progressiste.
 

 

Avec l’intercommunion, François fait courir un risque grave à l’Unité de l’Église
 

 
Heureusement, ici et là, naissent quelques mouvements d’opposition comme le cercle de prêtres « Communio veritatis » dans l’archidiocèse de Paderborn, qui pointe la fausseté de l’état d’« urgence » de ces conjoints admis à la Sainte Table, des conjoints qui ont tout à fait accès à leurs propres pasteurs. Plus emblématique encore, la réaction de ce converti du protestantisme, le père Hartmut Constien de Ratisbonne, qui vient de donner une interview au Die Tagespost : la communauté eucharistique prend pour lui le pas sur la communauté ecclésiale, et pour concrétiser le dernier souper, pour faire advenir cet ersatz d’unité, on sacrifie la question de la foi dans l’Eucharistie.
 
Le mouvement risque immanquablement de s’étendre, si le silence romain persiste
. Et pas seulement à tous les protestants. Dans la déclaration de la Commission internationale catholique anglicane publiée ce mois-ci sur l’autorité et la communion ecclésiale, on peut lire que « différents points de la Communion peuvent faire l’objet de discernements différents influencés par la pertinence culturelle et contextuelle »… Un prêtre du diocèse de Münster l’a d’ailleurs compris avant l’heure, qui a déclaré vouloir accueillir à la Sainte Table tous les simples baptisés, tous les chrétiens…
 
L’Église, elle aussi, veut être inclusive – jusqu’à se nier ?
 

 

Clémentine Jallais