Génération décervelée : La Suède a compris : elle rejette la pédagogie numérique et revient aux livres

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Au vu d’un niveau scolaire qui ne cesse de baisser, la Suède a décidé de prendre des mesures pour rendre à l’école la capacité de former les intelligences. Le système éducatif rejette actuellement l’apprentissage numérique pour revenir au livre, au papier et au stylo, avec l’objectif d’inverser la tendance croissante à l’illettrisme. « En fait, nous essayons de nous débarrasser des écrans autant que possible », a déclaré Joar Forsell, porte-parole du Parti libéral, dont le président se trouve être le ministre de l’Education suédois.

L’idée est d’introduire les écrans le plus tard possible à l’école et de les bannir carrément pour les plus jeunes, car les données sont sans appel : les élèves qui ont travaillé avec des dispositifs numériques tout au long de leur scolarité sont à la traîne dans les évaluations internationales. Ainsi, la Suède a connu une dégringolade aux évaluations PISA de l’OCDE pour arriver à une situation, en 2022, où près du quart des élèves âgés de 15 ou 16 ans – 24 % – n’arrivaient même pas à faire preuve d’une capacité élémentaire de compréhension de la lecture, rapporte LifeSiteNews.

Et ce n’est pas peu dire : pour avoir compulsé attentivement les tests PISA au fil de leurs éditions, je peux attester du niveau très bas des questions proposées. Ce n’est pas seulement en Suède que le niveau baisse ; le thermomètre lui-même est dégradé, et même les meilleurs élèves, à son aune, n’ont pas besoin d’afficher une compréhension très fine de ce qu’ils lisent.

 

La Suède prend acte des dégâts de la pédagogie numérique

Cela dit, la Suède prend enfin acte du désastre. En 2019, ce n’était pas encore le cas : la Suède, sous la coupe d’un gouvernement social-démocrate, obligeait l’école à faire travailler les élèves avec des tablettes dès la maternelle. A l’issue d’une consultation menée dans le pays en 2023 auprès d’universitaires, d’organisations d’enseignants et du public en général, les écoles ne sont plus obligées de recourir à des dispositifs numériques. Par ailleurs, il est désormais interdit de donner des tablettes aux enfants de moins de 2 ans. Cette année, une interdiction générale du portable à l’école interviendra également.

Tout cela ira donc de pair avec le retour aux supports traditionnels. Les enfants devront apprendre à lire dans les livres et ainsi qu’à écrire au moyen de stylos et de crayons. Restera la question de la méthode d’apprentissage…

La Suède rencontre aussi une certaine hostilité de la part des organisations professionnelles ou industrielles qui craignent de voir l’éducation « analogique » manquer à sa mission de préparer les jeunes aux métiers du futur. Un récent rapport de l’Union européenne assure ainsi qu’à l’avenir, 90 % des emplois exigeront des compétences numériques. Jannie Jeppeson, responsable d’une société de tech suédoise, craint de voir des employeurs actuellement établis en Suède, comme Spotify et Legora, quitter le pays à défaut de trouver des jeunes formés aux compétences numériques.

 

D’abord les livres et la culture, la technique vient après

D’autres voudraient voir les enfants du primaire être formés à l’intelligence artificielle, déjà enseignée aux élèves du secondaire. Ils assurent – argument de massue par les temps qui courent – qu’une approche analogique aggravera les « inégalités » parmi les élèves.

Joar Forsell n’est pas d’accord. Il estime que les enfants ne doivent pas recevoir un enseignement sur l’IA avant d’avoir maîtrisé d’autres compétences, a-t-il déclaré à la BBC. « La seule manière de donner aux gens les opportunités dont ils sont privés par l’inégalité est de leur donner une bonne éducation », soutient-il non sans justesse.

Au demeurant, c’est l’enseignement phagocyté par la gauche qui stigmatise depuis longtemps les enfants de familles aisées qui avaient un accès facile aux livres et un exemple de culture dans leur entourage. En favorisant le gommage des origines, comme le fait par exemple l’Education nationale en France, on cherche explicitement à minimiser les atouts des enfants des classes dites supérieures, sans pour autant enseigner correctement la lecture et sans vouloir transmettre la culture. Autrefois, c’était pourtant cela qui donnait des chances aux enfants moins favorisés…

Voisine de la Suède, la Norvège voisine fait des constats similaires. C’est en 2016 que chaque élève de 5 ans s’y est vu fournir un iPad. Le niveau de compréhension de lecture des enfants – on ne parle même pas d’analyse fine – s’est effondré à partir de cette date. Aujourd’hui, la Norvège est 65e pays sur 65 quant au plaisir de lire évalué par l’évaluation PIRLS. Au test PISA, la Norvège, qui jadis avait un rang plutôt élevé, est bien en deçà de la moyenne de l’OCDE. Enfin, 500.000 Norvégiens (sur une population de 5,6 millions d’habitants), ne sont pas capables de lire des textes de niveau élémentaire.

 

La pédagogie numérique et le « langage de cuisine »

Trine Skei Grande, ancien ministre de l’Education en Norvège, constate aujourd’hui que les enfants n’ont plus qu’un niveau de langage « de cuisine ». Ce terme désigne un vocabulaire qui permet seulement de nommer des objets de la vie quotidienne. Cela représente en moyenne quelque 17.000 mots, alors qu’un lecteur chevronné possède un vocabulaire de 55.000 à 70.000 mots. « Nous sommes beaucoup, beaucoup trop riches, alors nous faisons des choses stupides avec notre argent », a-t-elle confié au Times.

Mais cela, c’est la version naïve : la baisse du niveau de lecture et surtout de la compréhension du texte se constate depuis bien plus longtemps. Le coup d’envoi a été donné par les méthodes globales d’apprentissage mises en œuvre depuis au moins 70 ans dans les pays occidentaux – une catastrophe certes aujourd’hui démultipliée par le recours aux écrans mais qui la précède et qui n’a pas eu besoin de gros moyens pour s’installer. Ce sont des générations successives d’enfants qui ont été déformés par une véritable attaque contre leur intelligence et leur potentiel, et qui à leur tour peuvent transmettre de moins en moins. Et ce n’est pas comme si personne ne s’était aperçu des dégâts. Le décervelage des enfants s’est fait en pleine conscience.

La Norvège essaie maintenant d’inverser la tendance, même si c’est en partant d’un niveau déjà très abîmé. Les bibliothèques organisent désormais des tournois d’échecs ou des compétitions de patins à roulettes pour attirer les jeunes : le résultat est surprenant. Oslo a enregistré le prêt de 2,2 millions de livres par son système de bibliothèque publique, dont la moitié empruntés par des enfants, selon les dernières statistiques annuelles.

 

La Norvège promeut les livres auprès des enfants

La Norvège a déjà interdit les iPads pendant les trois premières années d’école, et aucun enfant n’a le droit d’avoir un portable en classe. Des compétitions de lecture estivale sont organisées dans les bibliothèques avec des prix pour ceux qui avancent bien dans un livre, et l’initiative rencontre un grand succès.

Des chercheurs en neurosciences soulignaient ainsi en 2024 que la lecture lecture sur écran aboutit à une moindre compréhension du texte lu, et ce d’autant plus que le lecteur est moins expérimenté. La mémoire est elle aussi affectée. Les auteurs de cette étude, réalisée à l’université de Macquarie, soulignent combien l’acte de lire est complexe : on ne peut le faire sans l’avoir appris et on ne peut le maîtriser qu’au bout de 10 à 15 ans de pratique, assurent-ils.

Lire sur écran pose un défi supplémentaire. Cela fait bien des années que différentes études soulignent qu’on comprend moins bien un texte lu sur écran que le même texte lu sur papier, avec des variantes selon le type de lecture et selon le temps dont on dispose pour lire : la lecture sous pression est moins efficace.

 

La pédagogie numérique et la lecture globale : duo perdant

Ce n’est sans doute pas un hasard si l’apprentissage de la lecture aujourd’hui n’est pas seulement global, mais exige très rapidement la lecture rapide et silencieuse. Comme le souligne Elisabeth Nuyts, tout cela concourt de différentes façons à amoindrir la mémoire, la concentration et la compréhension.

Alors que les tout-petits sont eux aussi de plus en plus exposés aux écrans de manière très précoce, il apparaît aujourd’hui, selon une étude publiée l’an dernier à Singapour, que leur utilisation intensive avant l’âge de 2 ans s’accompagne de changements du développement du cerveau, en lien avec des prises de décision plus lentes et une anxiété plus forte à l’adolescence. Les chercheurs ont conclu que les tout-petits ont besoin de la proximité de leurs parents et d’interagir avec eux sur tous les plans.

Tout ce petit monde découvre l’eau tiède. Si redressement intellectuel et moral il doit y avoir, cela passera par l’utilisation raisonnée des outils numériques qui nous affectent sans doute encore plus gravement que bien des fléaux de notre temps, et à une échelle inimaginable.

 

Jeanne Smits