« Bac 2026 : le niveau ne s’est pas affaissé, il s’est effondré » : c’est sous ce titre que Laurent Sagalowicz, écrivain, décrit sur Slate la nullité de l’épreuve de mathématiques proposée vendredi aux élèves de première, en tant qu’épreuve anticipée du bac général pour ceux qui n’ont pas pris la spécialité maths. « D’abord, j’ai cru à une blague », écrit-il. Suit une charge énergique contre la médiocrité du baccalauréat, encore plus confondante qu’hier. Elle est à rapprocher d’une autre information publiée il y a quelques jours par le Wall Street Journal. Aujourd’hui, selon le très sérieux quotidien américain, les professeurs de l’Université de Californie s’arrachent les cheveux devant le manque de compréhension des nouveaux étudiants en mathématiques et en d’autres matières. Le recours massif à l’intelligence artificielle n’y est pas pour rien.
Leur niveau, selon ces universitaires, atteint difficilement celui de ce qu’on appellerait le collège en France. Ils viennent d’envoyer une lettre ouverte demandant que les examens de rentrée à l’université soient rétablis, après avoir été vilipendés puis rendus facultatifs au moment du covid en 2020. On leur reproche notamment d’« exacerber les inégalités raciales », aux termes d’une étude très woke de l’Université de Harvard en 2023 (pour autant, des universités d’élite comme le MIT, Harvard, Dartmouth College et Yale University les ont rétablies au cours de ces dernières années). L’étude soulignait que ces examens sont payants et que les enfants de familles blanches, en moyenne plus fortunées que les autres, sont plus nombreux à bénéficier de cours de bachotage payants eux aussi en vue de les passer. Ils ont treize fois plus de chances d’obtenir un bon score que les enfants de toutes ethnies venant de familles défavorisées.
Mathématiques : des professeurs d’université effondrés devant le niveau
Mais la situation actuelle est intenable, soulignent les professeurs de mathématiques et de sciences de l’UC. Près du tiers des étudiants suivant leurs cours de calcul différentiel et intégral du premier semestre à l’UC Berkeley sont incapables de suivre : « Nous constatons aujourd’hui des lacunes de préparation si importantes que les enseignants doivent réenseigner les mathématiques du collège tout en dispensant simultanément les connaissances dont les étudiants ont besoin pour les sciences, l’ingénierie, l’économie et d’autres domaines exigeants… L’UC dispose de ressources limitées et ne peut aider qu’un nombre restreint d’étudiants. »
Les examens d’entrée ne sont pas le tout de l’histoire. L’environnement a changé : il est aujourd’hui celui de l’omniprésence des chatbots et autres outils d’intelligence artificielle. Avec eux, c’est la triche à grande échelle qui a fait son entrée dans l’enseignement.
S’il est vrai qu’il existe une utilisation « éthique » de l’IA dans le domaine académique, de nombreux professeurs et maîtres de conférences expriment leur scepticisme devant la capacité de cette technologie à faciliter la véritable formation intellectuelle. Des études ont déjà montré que le recours à l’IA entraîne plusieurs conséquences : le relâchement de la pensée critique, des pertes de mémoire constatées chez ceux qui externalisent leur travail intellectuel, mais aussi une modification de l’activité cérébrale. Une étude sur l’utilisation de ChatGPT lors des compositions écrites a permis de voir et de mesurer une baisse de l’activité cérébrale chez ceux qui ont recours à cette IA, notamment dans les aires associées à la créativité, et ce en comparaison avec les étudiants qui, passant la même épreuve, se contentent des modes de recherche traditionnels sur Internet, voire qui ne se servent pas du tout de ces derniers.
Et s’il n’y avait que le niveau en mathématiques !
La triche est payante cependant, au moins à la surface. Depuis l’introduction de ChatGPT et des autres grands modèles de langage, les notes ont connu une hausse spectaculaire, spécialement chez les étudiants ingénieurs et dans le domaine des humanités.
Mais on aurait tort de tout mettre sur le compte de l’IA. Les Etats-Unis, comme la France et bien d’autres pays développés, ont organisé l’abrutissement de leurs jeunes par des méthodes d’apprentissage qui ne leur apprennent pas à penser. Les méthodes globales – que l’on retrouve aussi bien dans la lecture, les mathématiques et l’enseignement de l’histoire (avec la thématique privilégiée par rapport à la chronologie), ou encore dans l’apprentissage du latin ou des langues étrangères – font tout pour inhiber la pensée consciente et la compréhension fine. Pour ce qui est des mathématiques en particulier, l’apprentissage hors sens fait que beaucoup de jeunes sont au mieux capables de faire du même, mais non de comprendre ce qu’ils font. Forcément, cela se paye à un moment ou à un autre.
Et ce n’est décidément pas un hasard s’il est des pays qui ne souffrent pas de tels effondrements : le grand remplacement se joue là aussi.











