« Engagement tenu. » Emmanuel Macron, dans son message sur X publié dans la foulée de l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi Falorni instituant le droit à l’aide à mourir – en clair, le droit au suicide assisté et à l’euthanasie –, aurait pu parler plutôt de mission accomplie.
Qu’on se souvienne de sa première apparition publique solennelle après son élection en 2017 : cette marche solitaire et théâtrale vers l’esplanade du Louvre, où seule brillait dans la nuit la lumière diffusée par la pyramide, symbole ouvertement maçonnique. Il assumait alors davantage que la fonction présidentielle : il marquait, il mettait en évidence le substrat idéologique de ses mandats successifs. En faisant une promotion assumée de la loi sur la fin de vie, Macron a d’ailleurs rendu hommage au rôle de la maçonnerie dans l’affaire, que ce soit lors d’interventions publiques dans les loges ou dans l’évocation explicite de l’action des frères.
Toutes les promesses de Macron n’ont pas été tenues, loin s’en faut. C’est une France fracturée, déchiquetée, amoindrie, affaiblie, surendettée qu’il transmettra à son successeur l’an prochain. Mais il a tenu sur l’essentiel, son essentiel, avec deux points d’orgue, lourds et noirs comme le tonnerre sous un ciel d’orage : la constitutionnalisation du droit d’accéder à « l’IVG », et cette dernière loi de mort, outrancière dans ses dispositions, votée dans l’urgence et dans le mépris du Sénat.
L’engagement tenu par Macron est celui auquel il tient le plus
Ce sont la mort et le mensonge qui se sont installés dans la loi d’une manière inédite, qui porte la marque de celui qui est homicide et menteur depuis l’origine… Revenons au message de Macron, qui affirme :
« Sur cette question aussi intime que grave, qui touche à la vie, à la souffrance et à la dignité, une seule méthode était possible : prendre le temps de l’écoute, du dialogue et du débat. En 2022, j’avais pris l’engagement d’ouvrir ce chemin avec les Français. Avec gravité, avec humilité et dans le plein respect de notre démocratie, cet engagement est tenu. »
Mais qu’est-ce que cette démocratie où on brûle les étapes, où on fausse les débats, comme cela a été fait au moment de la Convention organisée par le CESE travers une manipulation dénoncée par une partie des citoyens tirés au sort ? Où on écarte comme nuls et non avenus les votes successifs du Sénat ?
Si on fait le compte total des voix pour et contre de l’Assemblée (en 3e lecture) et du Sénat (en 2e lecture), on arrive à 392 contre et 409 pour, un écart minime pour un sujet de société majeur, une rupture civilisationnelle et anthropologique. Mais l’adoption à une si courte majorité n’a jamais affolé les révolutionnaires. C’est à une voix près qu’on vote la mort du roi en 1793. Le ton est déjà donné. La maçonnerie, c’est la lutte pour faire passer coûte que coûte et pression par pression les transgressions de plus en plus extrêmes.
L’euthanasie, une rupture d’abord décidée en loges
Et quand on parle de rupture civilisationnelle et anthropologique, comme le font, à juste titre, les opposants à la loi Falorni, il faut bien comprendre que ceux qui y sont favorables, ou en tout cas, ceux qui l’ont conçue dans la sphère publique comme dans le secret des loges, en sont d’accord. C’est une rupture recherchée et voulue, car elle marque l’autonomisation croissante de l’homme vis-à-vis de Dieu : c’est le rejet des dix commandements, le refus du dogme, l’affranchissement de la condition de créature, si détestée.
Déjà en 1979, le médecin et grand maître de la Grande Loge de France Pierre Simon écrivait dans De la vie avant toute chose : « Cette vie qui nous vint si longtemps d’un souffle de Dieu posé sur notre argile, c’est comme un matériau qu’il faut la considérer désormais. Loin de l’idolâtrer, il faut la gérer comme un patrimoine… » Parce qu’elle serait donc un matériau, il fallait pouvoir l’empêcher de surgir, et l’éliminer naissante, quand elle gênait. Voyez les lois sur la contraception et l’avortement qui, déjà, marquaient une rupture civilisationnelle.
C’est Pierre Simon qui, par la suite, fonda l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, l’ADMD qui triomphe aujourd’hui en se repaissant des morts à venir. La rupture s’est aggravée. L’enfant à naître ne se voit pas. On arrive à faire croire, si c’est pour l’avorter, qu’il n’est rien, malgré la précision de plus en plus spectaculaire des échographies même précoces. Mais le grand-père de 90 ans qui souffre d’un cancer ou qui bloque un héritage (patrimoine à gérer) ? Simple matière dont on pourra désormais éteindre les braises. La seule différence, c’est qu’on l’a vu vivre et s’exprimer auprès de soi. La victime de la culture de mort – cet art de cultiver la mort – a pris chair et os. Elle est visible.
Macron laisse à son successeur un Etat totalitaire abouti
A plus d’un titre, la France deviendra, à travers cette loi dont on voit mal le Conseil constitutionnel freiner la promulgation dans sa décision attendue au plus tard le 17 août, un Etat totalitaire : un Etat qui prend tout en main en s’arrogeant un droit de vie et de mort sur les innocents. C’est en effet la loi qui désormais autorisera le suicide assisté et l’euthanasie, à travers une complicité légalisée qui ira jusqu’à la piqûre mortelle administrée par un médecin. Tout cela est habillé bien sûr sous les couleurs du libre choix de chacun et de l’autonomie, mais au fond, c’est bien l’Etat qui prend le pouvoir de dire ce qui est bien et de dire ce qui est mal, indépendamment de toute loi qui le transcende, et qui permet la destruction de l’homme dans ce qu’il a de plus précieux et de plus intime sur cette terre.
Cette intrusion radicale dans la vie, au point d’en organiser la fin sans appel possible des proches, et sous la responsabilité quasiment invérifiable d’un médecin lambda chargé de recueillir la volonté du candidat au décès, est une prise de pouvoir et de contrôle digne des pires tyrans. C’est l’aboutissement socialiste par excellence, le paroxysme des erreurs répandues par la Russie à travers la révolution de 1917. La France, avec ses 57,2 % de dépenses publiques par rapport à son PIB, talonne la championne du monde développé, la Finlande (57,5 %) : elle spolie déjà ses citoyens d’une part faramineuse de leurs revenus à travers l’impôt et les contributions sociales, les privant de leurs libertés économiques et donc du vrai pouvoir de choisir. L’Etat dispense les soins, au besoin en les rationnant, à travers la Sécurité sociale, et il néglige d’assurer une offre correcte de soins palliatifs, empêchant l’accès d’un grand nombre aux traitements médicaux capables de les soulager. Manière de les pousser vers la sortie.
L’euthanasie et le suicide assisté sont certainement une histoire de chiffres, dans un pays dont la démographie s’effondre et où le vieillissement annonce des crises sans précédent. Mais il ne faut pas s’arrêter à cet aspect matériel. Il faut comprendre que la rupture dans laquelle la France est plongée est bien plus grave que dans d’autres pays, où l’euthanasie s’est imposée de manière moins extrême. Elle est avant tout spirituelle.
L’engagement tenu de Macron se dresse contre les commandements de Dieu
La loi que vient d’adopter l’Assemblée nationale avec l’assistance du gouvernement et les encouragements d’Emmanuel Macron contredit délibérément deux commandements fondateurs de toute société véritablement civilisée.
Le premier est le quatrième des tables de la loi, et il est à la fois le premier, le plus important de la seconde table qui règle les rapports entre les hommes : « Tu honoreras ton père et ta mère. » Cela ne se fait pas en les tuant ; le propre d’une civilisation est justement de prendre soin des plus faibles et de ceux qui souffrent.
En deuxième lieu vient le cinquième commandement : « Tu ne tueras point l’innocent. » Cela vaut pour soi et cela vaut pour autrui. Le sens de cela est que l’homme n’est pas propriétaire de sa propre vie : elle lui a été donnée, il devra la rendre. Il n’a pas le droit de se substituer à Dieu, qui est la source, le maître et le donneur de toute vie.
Mais au-delà de ce qui vaut pour tous les hommes, il y a aussi la raison et la réalité de la souffrance ici-bas. Tout baptisé sait que le Christ est mort pour donner la vie, l’accès à la vie éternelle à l’homme déchu pour avoir dit « non » à Dieu et que pour y arriver, on passe nécessairement par la croix. Pour soi ou pour autrui.
En ces jours noirs pour la France, il faut se rappeler la prière enseignée aux enfants de Fatima : « O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer et conduisez au ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde. »
Celles qui ont choisi la mort aussi…











