Pratique et doctrine de l’Eglise : les signes de l’urgence d’une réforme

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A de très nombreuses reprises depuis son institution, l’Eglise catholique romaine a dû se réformer. Les sacres d’évêques par la FSSPX sans mandat pontifical, suivis d’une excommunication frappée d’un recours, ont montré, par le débat qu’ils ont suscité, l’urgence d’une telle réforme aujourd’hui. Après la controverse sur la discipline et le droit canon, après le constat de l’effondrement de la pratique et des vocations en Europe depuis la fin des années soixante, on doit se pencher sur le plus important, la doctrine, dont plusieurs signes indiquent qu’elle est devenue extrêmement trouble aux yeux de beaucoup, clercs et laïcs, chez les simples fidèles et dans la haute hiérarchie. Un tour d’horizon rapide de cette confusion est nécessaire avant de se tourner vers le Saint Père.

 

Des signes qui inquiètent les fidèles

N’étant qu’une simple pécheresse, je m’en tiendrai à des observations de bon sens qui pourront sembler grossières aux yeux de théologiens exercés mais traduiront, je l’espère, la surprise et les questions de beaucoup. La FSSPX et Léon XIV étant tombés d’accord publiquement pour dire qu’à travers la question liturgique, c’est la foi elle-même qui mérite d’être précisée, la lex orandi exprimant la lex credendi, ils notent aussi que leur différend porte le Concile et ses fruits, non pas en terme matériels, mais sur la doctrine même de l’Eglise. Il me semble donc utile de relever à mon petit niveau plusieurs signes qui peuvent inquiéter les fidèles.

 

Avec Vatican II l’Eglise a flouté sa doctrine

Traditionnellement l’Eglise affirmait enseigner, seule, la vérité. Ce n’est plus si clair depuis Vatican II. La déclaration Nostra Aetate, du 28 octobre 1965, écrit que l’Eglise « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint » dans l’hindouisme, le bouddhisme, l’islam. Qu’est-ce qui est « vrai et saint » dans les religions citées ? N’est-ce pas ouvrir la porte à d’interminables palabres ? Et mener, en pratique, beaucoup d’âmes à l’indifférentisme condamné fermement par Pie IX avec Quanta Cura ? La déclaration Dignitatis Humanae consacre en outre, le 7 décembre 1965, le droit naturel pour tout homme de professer publiquement n’importe quelle religion. Comment faut-il la comprendre ? S’il s’agit simplement de reconnaître un droit civil à celui qui n’est pas catholique, on peut l’admettre, mais, là encore, cela sème une confusion inutile et peut induire à l’indifférentisme.

 

Face à l’indifférentisme, l’urgence d’une réforme !

L’inquiétude grandit quand on rapproche ces textes de trois faits. D’abord la rencontre interreligieuse d’Assise le 27 octobre 1986 à la demande du pape, suivie de celles de 1999, 2002, en 2011 et en 2016. A l’Eglise missionnaire semble succéder une Eglise parmi d’autres, toutes à égalité, non dans un culte syncrétiste, mais priant ensemble. Certes Jean-Paul II affirme-t-il encore que le salut se trouve exclusivement en Jésus-Christ, mais il n’en baisera pas moins publiquement, en 1999, le Coran. Le premier commandement commande de n’adorer que Dieu et lui seul. Voir le pape embrasser le Coran, livre délirant d’une fausse religion, trouble et scandalise les fidèles. Signe après signe, le pire adviendra en 2019 à Rome quand la Pachamama, idole païenne de la fertilité à laquelle des sacrifices humains sont encore offert de nos jours, sera honorée lors d’un « rituel » en présence du pape François.

 

La Réforme, mère de mots et de maux

Tout cela, au moins en apparence, contredit frontalement saint Paul dans sa première épitre aux Corinthiens où il condamne le culte des idoles et affirme que « les sacrifices des païens sont offerts aux démons ». Tout aussi surprenante fut la « relecture » de Luther en 2017, où dans une démarche encore une fois ambigüe, le Vatican entendit « sans prétendre que Luther ait bien fait » récrire l’histoire d’une rupture, de façon à « discerner », selon le pape François, « ce qu’il y a eu de positif et de légitime dans la Réforme ». Voilà encore du flou sur un hérésiarque et un schisme pourtant anathématisés par le Concile de Trente ! Et qui sont, selon Mgr Negri, archevêque émérite de Ferrare, en 2017, « la source de toutes les dégradations de la modernité, y compris le rationalisme, y compris le fidéisme, mais y compris, surtout, les grandes idéologies totalitaires qui ont appauvri la vie de l’Occident ».

 

Abou Dhabi, abandon de la doctrine de l’Eglise

Cette accumulation de faits bien établis porte à se demander si Rome, le Vatican, les dernières personnes qui ont occupé le Siège de Pierre sont toujours convaincues de diriger l’Eglise de Jésus-Christ qui détient la seule religion vraie. Une réponse négative a été solennellement donnée, me semble-t-il, par le pape François, le 4 février 2019 à Abou Dhabi. Les Saint Père a signé, conjointement avec l’imam d’Al-Azhar Ahmed el Tayeb, un texte historique intitulé Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune. Ce fut un événement politique de portée mondiale, puisque l’ONU a fait du 4 février la Journée internationale de la fraternité humaine. Outre cette intention mondaine, les signataires proclamaient leur « foi commune en Dieu ». Et ajoutaient : « Le pluralisme et les diversités de religion (…) sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. » Mais sans doute le jésuite qu’était François aurait-il pu l’expliquer au vulgum pecus qui y lit l’indifférentisme. Il y a urgence !

 

Fernandez, signe qu’on se fiche de la doctrine (et du peuple) !

L’ouaille ordinaire que je suis se demande aussi pourquoi François a nommé préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, l’ancien Saint office, poste où la clarté et la certitude sont déterminantes, le fuligineux cardinal Fernandez, auteur notamment d’un livre en 1998, qu’il n’a pas condamné, où il décrivait ses orgasmes « spirituels ». Et elle supporte mal que Sarah Mullaly ait été reçue en grande pompe à Rome le 4 mai dernier, où elle a béni les cardinaux en sa qualité « d’archevêque » anglican.e ! Jean-Paul II voilà trente ans publia un texte de doctrine pour rappeler solennellement que seul un homme peut être prêtre, non pour raison de discipline mais de foi. On ne peut se défendre de l’impression que chaque nouveau pape décide à sa fantaisie, suivant l’air du temps et selon les conseils politiques qu’il suit, sans tenir compte de la doctrine ni de la tradition catholiques. Que ce prélat ait signé le décret d’excommunication de la FSSPX est une provocation.

 

François, signe insigne de l’urgence le réforme

Ce tremblé romain, qui transforme les certitudes en images évasives, a porté des fruits détestables en pratique. De même que des observateurs protestants avaient assisté à la transformation de la messe après Vatican II, de même François s’est-il entouré d’autorités athées et inspiré du soufisme (panthéisme musulman) pour rédiger Laudato Si’. Et il en a tiré cette horrible conséquence pratique : inciter les familles catholiques à limiter la procréation pour ne pas léser la Terre mère. Cela ressemble à s’y méprendre au refus du premier commandement, « tu adoreras le Seigneur ton Dieu de toute tes forces et de toute ton âme ». Mais sans doute le maître dialecticien qu’était François me démontrerait-il mon erreur. Il y a urgence !

 

Le flou de doctrine provoque l’apostasie pratique

Et quand la foi n’est plus clairement confirmée par celui qui en a la garde, le troupeau finit, au fil des ans, par apostasier en pratique, pas toujours par volonté mauvaise mais par simple ignorance par la faute de pasteurs qui ne transmettent plus. Un exemple ? On ne s’agenouille plus pour communier, certains prêtres refusent depuis le covid – ou même avant – la communion sur la langue, certains évêques l’interdisent : devant la manipulation des hosties qui s’ensuit, beaucoup de « participants à l’eucharistie » ne croient plus, en pratique, à la Présence réelle – et la foi catholique, la compréhension de l’Incarnation, de l’action divine, du Saint Sacrifice, se perdent en pratique.

 

Disparition du péché et de la pratique

Multiplier les exemples de ce genre pourrait désespérer le lecteur, mais les études des instituts idoines montrent que la divinité du Christ, le sens du baptême et de la confession sont de moins en moins admis et compris. Là encore, les actes du magistère (Fiducia Supplicans) et sa complaisance orientée (par exemple, l’accueil solennel de 1.200 pèlerins LGBT défilant derrière leur croix arc-en-ciel en septembre 2025 à Saint Pierre de Rome) n’y sont pas pour rien. L’Eglise bénit, ou donne l’impression de bénir, ce qui était hier, et le demeure, un péché qui « crie vengeance au Ciel ». Plus gravement encore, elle mène le fidèle, dans la pratique, à ne plus croire au péché – quand il voit ce qui était mal hier béni aujourd’hui. Et ce ne sont ni les chemins synodaux, encore moins la bénédiction solennelle donnée par le cardinal Radcliffe, qui n’a pas été rappelé à l’ordre, à une paire gay célébrant ses cinquante ans de concubinage, qui les feront changer d’avis. Le peuple de Dieu, pour reprendre une expression mise à la mode par Vatican II attend que le Saint Père dise clairement comment il faut prendre tout cela. En toute hypothèse, il ressent l’urgence d’une réforme de l’Eglise.

 

Pauline Mille