
La FSSPX a publié à l’intention de tous les catholiques une apologie après l’excommunication lancée par Rome. Sous le titre « Ni schismatiques, ni désobéissants », elle contient une argumentation, discutable comme toute argumentation, et une constatation inquiétante. S’appuyant sur l’histoire de l’Eglise et la théologie, elle affirme que sa reconnaissance du pape comme chef de l’Eglise la préserve du schisme. Puis elle tire du décret d’excommunication l’aveu que, même sans les sacres, la FSSPX, sauf à accepter toutes les dérives issues de Vatican II, aurait quand même été frappée d’excommunication.
Les sacres de la FSSPX excommuniés par les médias
Comme en 1988, des gens et des médias qui ne sont ni catholiques ni chrétiens se sont rempli la bouche des mots schisme, sacres, excommunication, se réjouissant ou trouvant au moins normal que la FSSPX encoure l’excommunication pour sa « désobéissance ». Pour se justifier, la FSSPX, sous la plume de Don Daniele Di Sorco, nie d’abord qu’elle ait provoqué un schisme. En citant Cajetan dans son commentaire de la Somme théologique de saint Thomas : « Désobéir, même avec obstination, au Souverain Pontife ne constitue pas un schisme. Ce qui constitue un schisme, c’est de ne pas vouloir lui être soumis comme chef de toute l’Eglise. » Il ajoutait cette constatation toute semple : « Il arrive souvent, en effet, qu’un homme refuse d’exécuter les ordres de son supérieur tout en continuant à le reconnaître comme supérieur. » Cette doctrine du cardinal Cajetan est reprise par tous les canonistes et théologiens postérieurs, sans exception.
Malgré les sacres, la FSSPX reconnaît le pape
« Or, poursuit l’apologie, l’attitude constante de la Fraternité et les déclarations de ses supérieurs (montrent) qu’elle désobéit au Pape non parce qu’elle refuse de le reconnaître comme son supérieur ou de lui être soumise, mais parce qu’elle estime ne pouvoir accepter certains ordres qu’il donne. » Elle poursuit : « En effet, la Fraternité nomme le Pape dans le Canon de la Messe (manifestant ainsi qu’elle le reconnaît comme son supérieur) et obéit au Saint-Siège dans toutes les matières où il n’existe ni certitude ni probabilité de modernisme (par exemple pour les réductions à l’état laïc, les demandes de dispenses ou de grâces réservées au Saint-Père, la proclamation des jubilés, etc.). Elle est également prête à obéir au Pape en tout, dès lors que ses ordres n’impliquent pas l’adhésion aux doctrines modernistes de Vatican II et du postconcile. » Avant de conclure : « La Fraternité n’est donc nullement schismatique. »
Réserver les sacres au pape est un fait moderne
Elle vient à la même conclusion par l’histoire de l’Eglise. Jusqu’au XIVe siècle la consécration épiscopale n’était pas réservée au pape. « Cela signifie que, normalement, le Pape ne nommait pas les évêques et ne confirmait même pas leur nomination lorsqu’elle était faite par d’autres.É» Réserver au pape la décision des sacres date du XIIIe siècle et ne s’est imposé qu’au XIVe. C’est peut-être vrai mais il est piquant de voir les partisans de l’Eglise de toujours tirer argument des variations du droit de l’Eglise. De toute manière, aucun sacre, avant le XIIIe, ne se faisait contre la volonté expresse du pape. A cela la FSSPX répond qu’aux XIIe et XIIIe siècles, des ordres mendiants ayant procédé à des sacres, Rome avait rétabli l’ordre, mais sans considérer personne comme schismatique.
Excommunication sans schisme
La FSSPX en tire l’enseignement suivant : « Il résulte de tout cela que la réserve au Pape de la consécration épiscopale n’est pas de droit divin, mais de droit ecclésiastique. » Et elle ajoute : « Aucun théologien ni canoniste, du moins jusqu’au concile Vatican II, ne cite la consécration épiscopale sans mandat apostolique parmi les exemples d’actes schismatiques. Dans le droit canonique traditionnel, jusqu’en 1951, une consécration épiscopale sans mandat était simplement punie d’une suspense. (…) Même après 1951, lorsque la peine fut aggravée et passa de la suspense à l’excommunication, aucun théologien ni canoniste n’a soutenu que toute consécration épiscopale sans mandat constituait en elle-même un schisme. L’idée selon laquelle une consécration épiscopale sans mandat apostolique serait, par sa nature même, un acte schismatique n’est apparue qu’à l’occasion des consécrations de Mgr Lefebvre en 1988. Elle ne possède aucun précédent dans la tradition théologique ou canonique. »
Quand la FSSPX doit désobéir
La FSSPX entend aussi montrer qu’elle n’a pas commis de désobéissance. Elle rappelle : « Dans la doctrine catholique, l’obéissance n’est pas un absolu. Pas même l’obéissance au Souverain Pontife. » Elle s’autorise de saint Thomas pour affirmer qu’« on est même tenu de ne pas lui obéir, comme les saints martyrs affrontèrent la mort plutôt que d’obéir aux ordres impies des tyrans » quand il commet un « abus d’autorité », par exemple quand il « ordonne un acte mauvais ». Bien plus, si l’ordre injuste du supérieur constitue un danger pour la foi, la désobéissance elle-même doit être publique. Saint Thomas a en effet écrit : « Lorsqu’il existe un danger imminent pour la foi, les prélats eux-mêmes doivent être repris publiquement par leurs sujets. C’est pourquoi saint Paul, qui était soumis à saint Pierre, le reprit publiquement à cause du danger imminent de scandale concernant la foi. »
Survie de la FSSPX au service de la foi
Poursuivant la logique de son argumentation, la FSSPX s’attache à démontrer que renoncer aux sacres était, dans les circonstances actuelles, un « acte mauvais ». En effet, « si la Fraternité Saint-Pie X n’avait pas procédé aux consécrations du 1er juillet, elle se serait trouvée devant une alternative inévitable : soit disparaître progressivement, soit accepter, au moins dans les faits, la nouvelle liturgie ainsi que les fausses doctrines de Vatican II et du postconcile ». Plus d’évêques, plus de prêtres, plus de prêtres, plus de sacrements ni de vie de foi traditionnelle. « La seule alternative aurait été de demander des évêques à Rome, de faire ordonner les prêtres par des évêques diocésains ou encore d’envoyer les fidèles vers les prêtres des paroisses. Or, chacune de ces solutions aurait impliqué l’acceptation, au moins pratique, des fausses doctrines du Concile et du postconcile. »
Un décret d’excommunication révélateur
En précisant cette notion un peu floue de postconcile, la FSSPX en arrive à sa terrible constatation : les sacres ne sont qu’une occasion pour Rome de la condamner. « Nous le constatons déjà aujourd’hui, le Dicastère pour la Doctrine de la foi, dans l’annexe jointe au décret d’excommunication publié le 2 juillet, impose à tous ceux qui désirent revenir “en communion avec Rome” de signer une déclaration affirmant qu’ils acceptent Vatican II selon l’interprétation donnée par le Magistère actuel et qu’ils s’engagent à ne jamais critiquer les enseignements du Pape. En conséquence, sans les consécrations épiscopales, la Fraternité aurait été contrainte d’accepter des doctrines telles que la liberté religieuse, l’œcuménisme, la collégialité, l’illicéité de la peine de mort, la possibilité pour les divorcés remariés de recevoir la communion ou encore la bénédiction de couples homosexuels ; ou, du moins, d’accepter de ne plus les critiquer publiquement. »
FSSPX : désobéir à Alexandre VI pour obéir à Dieu
Or, « puisqu’il n’est jamais permis d’accepter ou de renoncer à dénoncer ce qui est contraire à la foi », l’ordre du pape « devient objectivement mauvais ». Les positions doctrinales de la FSSPX constituent « la doctrine catholique, enseignée de manière définitive par le Magistère constant de l’Eglise. Il suffit de lire les actes de tous les papes ainsi que les écrits de tous les théologiens antérieurs au Concile pour s’en convaincre ». Il n’est donc pas possible d’y renoncer, et tout chrétien a le devoir de désobéir. Même s’il n’a aucune autorité pour le faire. La FSSPX choisit cet exemple pour le montrer : « Lorsque Alexandre VI interdit, sous peine d’excommunication, à sa maîtresse Giulia Farnèse de quitter la vie commune avec lui pour retourner auprès de son mari légitime, celle-ci aurait-elle dû lui obéir sous prétexte qu’il ne lui appartenait pas de juger de la conformité des actes pontificaux avec la loi divine ? »
Derrière le prétexte des sacres, la question de la foi
Voilà qui est maintenant clarifié : le pape dans sa dernière admonestation, le décret signé par le Dicastère pour la Doctrine de la foi, et la FSSPX sont d’accord : ce qui est en cause, c’est l’acceptation ou le rejet du concile, de l’esprit du concile, des suites du concile, selon l’interprétation du magistère actuel. Et l’on peut élargir cette constatation à l’ensemble de la tradition, à l’Eglise entière. Indépendamment du destin de la FSSPX, aucune solution aux crises de l’Eglise catholique ne pourra trouver place sans une mise à plat et une évaluation de ce qu’a donné Vatican II. Une analogie excessive et qui ne convient pas pourrait être émise pour faire bien saisir à tous l’urgence du problème : il faudrait une sorte de Nuremberg de Vatican II. Les sacres, dans cette perspective, peuvent être considérés comme une résistance nécessaire ou au contraire une faute providentielle.










