Ils cassent, ils pillent, ils détruisent, ils incendient et s’en prennent, dans une même violence, à leurs professeurs, aux forces de l’ordre et aux passants. On les appelle – à la suite de Jean-Pierre Chevènement qui le premier leur appliqua le mot en 1998 – les « sauvageons ». Mais le terme est impropre face à l’explosion de barbarie qui s’est produite simultanément partout en France, de telle sorte que certains parlent déjà de guerre civile. L’extrême gauche est derrière la déflagration, mais aussi la gauche tout court.
Les médias mainstream, et en particulier le prétendu quotidien de référence Le Monde, suivent avec sympathie le mouvement, faisant un large écho aux analyses des représentants de LFI et aux accusations de « violences policières ». Le Parti socialiste appelle à la manifestation au nom des revendications lycéennes et, pour en finir – dit son premier secrétaire Olivier Faure – avec ces « images d’une violence terrifiante ».
Le « blocage » destructeur des lycées se poursuit
Ce sont les mêmes médias qui s’alarmaient, voyant l’invasion de Paris par les doux, ces centaines de milliers de visages ouverts et souriants sur le parcours du pape Léon XIV, de la progression de l’« intégrisme catholique », des « prières de rue » chrétiennes et des confessions en plein air, sur les Champs-Elysées. On est presque gêné de souligner le contraste, tant il est énorme, tant chacun l’a déjà constaté.
Que la France n’a-t-elle pas donné pour l’Education nationale ? Des milliards d’argent public (à la charge du contribuable, bien sûr), des infrastructures, un personnel gigantesque, des investissements faramineux. Sans doute y a-t-il des lycées en moins bonne forme que d’autres, ce qui n’a pas empêché les lycéens en colère d’incendier un établissement dernier cri et tout confort à Nantes. Mais ce n’est pas nouveau. Et ce n’est pas en cassant ce qui existe que l’on facilite l’amélioration matérielle quand elle est nécessaire. Suivre le débat sur ce terrain-là n’a d’ailleurs aucun sens, puisqu’il s’agit simplement d’un avatar de la lutte des classes, une dialectique maniée à des fins qui n’ont rien à voir avec ce qui est mis en avant. On veut prouver l’existence d’une discrimination, et s’en servir, en cette occurrence, non seulement pour pressurer les « racistes », mais encore pour chauffer à blanc certaines populations.
La France face aux « jeunes »
Mais il y a un autre aspect de la question.
Que la France n’a-t-elle pas donné par l’Education nationale ? Cette question se pose non seulement pour les barbares qui cassent, détruisent, incendient, attaquent, mais pour ce nombre croissant de jeunes qui quittent le lycée sans savoir lire, écrire, compter, raisonner ni analyser correctement, endoctrinés sur les thèmes du jour, déconstruits par une anti-morale décriant toute morale traditionnelle, abreuvés d’un enseignement de l’histoire découplé de la chronologie et servant une idéologie assumée, baignés trop souvent dans une culture de rupture avec le passé. Ce ne sont pas seulement ceux des « banlieues ». Les programmes et les méthodes sont les mêmes partout, dans le sous-contrat et le public. Et s’il y a des rescapés, c’est par la grâce de certains enseignants ou de certains établissements aux directions plus lucides.
Madeleine de Jessey s’en inquiète dans son récent L’école des illettrés. Myriam Meyer prouvait en 2024 dans son joli Wesh, madame ?! – Rires et larmes d’une prof de banlieue qu’il est possible encore de transmettre (mot à bannir selon les pédagogistes qui depuis des décennies déforment la formation) : « Je n’aurais jamais pensé pouvoir autant exiger et recevoir d’eux. »
Un lycée peut être flambant neuf, confortable et climatisé, il flambera quand même s’il ne donne pas culture cohérente et instruction digne de ce nom. Il ne s’agit pas ici de justifier les violences, bien au contraire, mais de montrer qu’on a créé une génération façonnée pour la sauvagerie, et qui peut aussi en concevoir du ressentiment.
Le blocage des lycées de France, suite logique d’une politique délibérée
Ce que la France n’a pas donné par l’Education nationale, ou trop peu, c’est la belle langue française et l’accès à la pensée exacte, nuancée, exprimée clairement. Car le français a un génie pour cela… Ne pas savoir mettre des mots sur ce que l’on ressent, c’est être une proie facile pour la violence. Voilà des décennies encore que trop de jeunes arrivent en terminale – jadis, c’était la classe de philosophie – capable surtout de dire, à n’importe quel sujet : « j’aime, j’aime pas ». Mais aujourd’hui, cela passe par des idéogrammes, des likes, pouces levés, pouces baissés.
Ce que la France n’a pas donné par l’Education nationale, c’est l’éducation qu’elle a d’abord arrachée aux parents, et qu’elle a ensuite fait dégringoler en déstructurant l’instruction quand elle n’a pas vidé celle-ci de son sens. Il faut lire, et d’urgence, L’Ecole des illusionnistes d’Elisabeth Nuyts pour comprendre le vide intérieur favorisé par les méthodes pédagogiques décervelantes, et dont il ne faut pas croire qu’elles ont été éliminées des écoles.
Le résultat, c’est une masse de jeunes manipulables selon divers ressorts, plus faciles à actionner chez ceux qui sont déracinés culturellement et qui ne reçoivent pas à la maison ce que l’école s’emploie trop souvent à inhiber. Ceux qui les manipulent – et sans doute y a-t-il parmi leur nombre des jeunes qui apprennent bel et bien à raisonner et à promouvoir la révolution – ont ainsi la tâche aisée. L’effet de foule fait le reste.
La France refuse aux jeunes sa richesse la plus grande
Mais il faut souligner, enfin, ce que la France n’a pas donné de sa richesse la plus fondamentale, la plus importante, la plus nécessaire : son héritage premier, celui qui l’a façonnée, sa foi.
Elle en a délibérément – non pas elle, mais ses institutions Gardiennes de la laïcité, auxquelles se sont jointes des institutions ecclésiastiques oublieuses de leurs devoirs de mission – privé ses propres enfants et ceux qui sont arrivés d’ailleurs.
Elle ne leur a pas donné, pire, elle empêche qu’on leur donne le Christ.
Après avoir creusé en eux le vide intérieur, elle les y laisse. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de conversions… Grâce à Dieu, grâce (quand même) à l’Eglise et à nombre de ses membres, la vérité est transmise, mais trop petitement.
Comment espérer la paix civile (et la paix intérieure), l’aspiration au bien, le don de soi et l’harmonie sociale si on prive la jeunesse de l’horizon d’éternité ? Quelle reconnaissance peut avoir une jeunesse envers la fille aînée de l’Eglise quand celle-ci a refusé de partager son plus grand bien : Jésus-Christ, qui est la Voie, la Vérité et la Vie ?
Elle en a été largement privée elle-même, ce serait son excuse si elle ne l’était pas par vouloir. Est-il trop tard ? Rien n’est impossible à Dieu.
Mais une chose est sûre : la solution aux troubles que nous vivons n’est ni dans des dépenses publiques et des allocations supplémentaires, elle est dans le retour à l’essentiel.











