Voilà trois semaines, à Strasbourg, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, prononçait un discours sur « l’état de l’Union » européenne extravagant, posant au chef d’Etat. Le 30 septembre, Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, lors d’un sommet sur la défense de l’espace européen, exigeait une réforme de l’OTAN pour que l’Europe, face au désengagement américain, assume elle-même sa protection. La CED rejetée en 1954 revient sur la table, à cette différence près que l’Allemagne du chancelier Merz, qui arme massivement, projette d’en prendre la tête. Une réunion sous la houlette de Washington va avoir lieu en Pologne sur l’avenir de l’OTAN face à la Russie où sont conviés l’Allemagne, les Pays-Bas et les riverains de la Baltique, sans les Pays Baltes, la France, le Royaume-Uni et le reste de l’Europe. Pendant ce temps, la France s’endette et joue un coûteux psychodrame avec ses lycéens.
La France du chaos économique et social
C’est l’histoire d’un recul général piteux. Chassée d’Afrique, incapable de se faire entendre au Proche-Orient, la France ne se fait plus guère entendre en Europe même. Percluse d’une dette que son instabilité politique creuse toujours plus, ses Premiers ministres peinant à faire passer des budgets qui augmentent les déficits tout en accablant les ménages et les entreprises, souffrant d’un chaos social qu’ont provoqué des décennies de politiques désastreuses en matière d’immigration et d’Education nationale, elle perd son rang international : le classement PISA de ses collégiens est désastreux, son économie plonge et la banque d’affaires Goldman Sachs met sans gêne sur le marché des instruments financiers « sophistiqués » qui jouent sur la dégradation de sa note financière. En matière géopolitique, elle cesse d’être actrice pour devenir spectatrice, malgré les gesticulations bruyantes d’Emmanuel Macron.
Ursula von der Leyen, Ubu de l’Europe
Premier signe, la sortie ubuesque d’Ursula von der Leyen à Strasbourg le 16 septembre. D’abord, son discours sur l’état de l’Union européenne singe de plus en plus ouvertement celui du Président américain sur l’état de l’Union fédérale américaine. Or il existe une différence : il est l’élu de tous les Etats, elle n’est qu’une fonctionnaire internationale inscrite dans un vaste mouvement d’usurpation. Ensuite, elle a lancé très sérieusement tout un tas d’annonces politiques, sur la liberté de communication, la canicule, et tout le toutim. Enfin, clou du spectacle, elle a fait du Premier ministre canadien, l’arc-en-ciel Marc Carney, son invité d’honneur pour damer le pion à Donald Trump, avec lequel ils sont tous deux en froid. Et elle a également annoncé pour le Canada un statut de membre associé à l’UE que ne prévoient pas les traités, le tout sans en avoir averti les chefs d’Etat souverains membres de l’UE, en tout cas pas Emmanuel Macron.
No more dollars pour l’OTAN, instrument de domination US
La France, pourtant partenaire historique du Canada, a été tenue à l’écart de la manœuvre par Ursula von der Leyen, comme elle l’avait été dans la proclamation à marche forcée de l’accord avec le Mercosur, sans aménagement sérieux pour nos agriculteurs ni garantie pour nos consommateurs. Et c’est rebelote maintenant avec la future réforme de l’OTAN. Pour son secrétaire général Mark Rutte, « le modèle de l’OTAN n’est pas tenable à long terme. (…) Il n’est pas tenable qu’un pays – les Etats-Unis – supporte une part excessive de la défense de 600 millions d’Européens ». Cela se comprend, à condition d’ajouter que l’effort militaire des USA était la contrepartie de leur rôle de gendarme du monde et des immenses bénéfices qu’ils en tirent en termes de puissance, y compris économique et financière : l’OTAN a été et demeure jusqu’à présent un instrument de la domination américaine du monde, y compris culturelle, économique, financière, juridique et politique. Si les USA transfèrent leurs troupes en Asie, c’est leur affaire, mais cela doit s’accompagner d’un abandon de leur tutelle sur l’Europe.
L’Allemagne de Merz : qui paie, commande
Quoi qu’il en soit l’Europe doit maintenant payer et s’entendre avec l’OTAN pour assurer sa propre défense. L’ombre de la Russie a notamment poussé nombre d’Etats européens, dont la Pologne, l’Allemagne et la France malgré sa dette, à investir dans l’armement. C’est ainsi que la guerre en Ukraine a été l’occasion, nous en avons plusieurs fois fait la remarque, de sauver deux institutions en état de mort clinique, l’UE et l’OTAN. Maintenant comment va-t-on faire et qui va commander ? Traditionnellement, depuis 1949, l’Allemagne, géant économique était un nain politique et militaire, alors que la France, seule puissance nucléaire indépendante d’Europe, dominait la situation. Aujourd’hui les choses ont changé. La guerre en Ukraine est « conventionnelle » et a montré l’importance de nouvelles techniques, dont les drones. Ce recul mécanique de la France s’accompagne d’une avancée affichée de l’Allemagne, qui investit 600 milliards d’euros dans son armement d’ici à 2030, acte dont la France en crise est bien incapable.
Machin de l’OTAN avec Merz sans la France
Voilà pourquoi le chancelier Merz, failli, écrasé à chaque élection, incapable à la fois de donner satisfaction au peuple allemand et de contenir la croissance de l’AfD, parade sur la scène géopolitique, en bon vassal des USA. Il a célébré avec Rutte le trentième anniversaire du corps européen de l’OTAN où des unités néerlandaises sont intégrées aux unités allemandes ; à cette occasion, Merz a appelé l’Europe et l’Allemagne à l’unité. Mais seul le « groupe de Bergen », composé de l’Allemagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves et la Finlande, semble constituer le noyau dur de la défense européenne face à la Russie : en tout cas, les Etats-Unis n’ont pas invité le reste de l’Europe à la réunion qu’ils organisent en Pologne. Comme toute le monde, Trump règne en divisant : il promeut ainsi l’Allemagne contre la France et la Grande-Bretagne, membres permanents historiques du Conseil de Sécurité de l’ONU – organisation qu’il n’aime pas. Une révolution géopolitique est en cours, qui n’est pas blâmable à tous points de vue : mais la France, affaiblie depuis dix ans par Romulus Augustule Macron, n’est pas en mesure d’y tenir sa place. Le seul contre-jeu, le seul contre-poids, que notre président ait trouvé est d’appeler la Grande-Bretagne à revenir dans l’UE.











