Brésil : Mgr Portella Amado affirme le « droit » des jeunes à la messe traditionnelle

Brésil Amado messe traditionnelle
Mgr Joël Portella Amado (© Davi V Correa)

 

Les jeunes ont le droit d’exprimer leur foi au moyen des formes liturgiques traditionnelles, a déclaré vendredi Mgr Joël Portella Amado, président de la commission de la Doctrine de la foi de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) lors de leur Assemblée générale. « Ont-ils le droit d’être ainsi ? Oui, parce que le catholicisme est pluriel par nature et ce d’autant plus dans un monde profondément pluriel », a déclaré l’évêque de Petrópolis (Rio de Janeiro) lors d’une conférence de presse marquant le troisième jour de l’assemblée des évêques.

Il répondait à la question d’un journaliste de Rede Vida qui l’interrogeait sur l’existence d’un phénomène de « retour à un certain traditionalisme catholique lors des messes », « prédominant » chez les jeunes, qui se mettent à genoux pour recevoir la communion, qui portent une mantille…

Le prélat a commencé par un constat : les 19-39 ans regroupent la plus grande proportion de « sans religion » au Brésil. Il a expliqué qu’il s’agissait plutôt de personnes qui ne fréquentent plus les églises, sans pour autant être athées : « Ils croient en Dieu qui est au ciel, mais ils n’ont pas de médiation sur cette terre, une médiation de l’Eglise, ils n’ont pas de chemin d’Eglise. A l’heure du vide, on cherche, on veut trouver, y compris certaines réalités historiques que cette jeunesse n’a pas vécues. » Et d’affirmer alors le « droit » de cette jeunesse d’être ainsi.

 

Mgr Amado reconnaît que les jeunes sont attirés par la messe traditionnelle

« Qu’est-ce qu’on en fait ? », a-t-il demandé. « Le danger d’un monde pluriel, c’est d’arriver à cette question de la guerre. Il y a un proverbe qui n’est pas très raffiné, mais que je vais rappeler ici : nous avons l’impression que notre défunt est davantage mort que le défunt d’en face. Et nous oublions que chaque défunt est mort autant que les autres. Alors, s’il existe pour vous le droit d’avoir, de vivre, d’exprimer votre foi à votre façon, avec votre manière d’être, ce que vous ne pouvez pas faire, au nom de l’amour, au nom de la fraternité, au nom de tout ce qui en découle, vous ne pouvez pas imposer que les autres soient comme vous et penser que vous êtes seul à avoir raison. Et cela ne vaut pas seulement pour l’exemple que vous avez donné, mais pour n’importe quel exemple. »

Autrement dit, un droit pour chacun à sa sensibilité liturgique, mais pas spécialement de préoccupation quant à ce que certaines formes (et pourquoi ne pas parler d’abus) liturgiques représentent en matière de défaillance doctrinale : venant du responsable de la doctrine au sein de la CNBB, c’est certainement un peu court. Et on peut, bien sûr, regretter un relativisme assumé, sans pour autant nier le besoin de respect mutuel des baptisés.

 

Au Brésil les églises se vident mais beaucoup de jeunes y retournent par la messe traditionnelle

Reste l’approbation affirmée très naturellement à l’égard des jeunes qui préfèrent la liturgie traditionnelle, à qui un « droit » est reconnu.

Mgr Joël Portella Amado met cela sur le compte de la recherche menée par une génération confrontée au « vide » alors que tant de Brésiliens se sont éloignés la pratique dans le cadre de l’Eglise, mais il ne pose pas la question du pourquoi et il y répond encore moins. Pourquoi tombent-ils, ces jeunes, sur la liturgie traditionnelle ? Pourquoi les attire-t-elle ? Pourquoi les églises se sont-elles vidées alors que la manière traditionnelle de célébrer disparaissait ?

L’Eglise du Brésil, on le sait, est confrontée à l’hémorragie de ses fidèles dont une partie bascule dans l’évangélisme, tandis que d’autres, comme le signalait l’évêque, se contentent de croire tout en rejetant l’Eglise institutionnelle. L’Eglise du Brésil n’aurait-elle pas, justement, à se demander comment ramener les jeunes – et pas seulement les jeunes – à la foi catholique ? Voilà qu’une réponse au moins partielle à ce souci se dessine. Mais les évêques ont-ils des oreilles pour entendre ?

 

Jeanne Smits