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Enquête aux Etats-Unis : les services de renseignement truquaient leurs rapports sur la Syrie

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Aux Etats-Unis, le monde du renseignement est en émoi : les services du CENTCOM, le « commandement central » de l’armée, truquaient leurs rapports sur les « rebelles modérés » de Syrie pour donner à croire qu’ils étaient en mesure de battre l’Etat islamique. Une enquête a été lancée par le comité du renseignement de la Chambre des représentants et par l’inspection générale de la Défense.
 
Le quartier général du Centcom à Tampa en Floride est une ruche : plus de mille analystes trient le renseignement provenant des divers théâtres d’opération où se déploie l’armée des Etats-Unis afin de nourrir la réflexion des spécialistes chevronnés et des décideurs. Or leurs rapports ne sont pas lus de la même façon s’ils sont favorables à la politique d’Obama ou s’ils donnent des éléments qui portent à la critiquer. Et le phénomène s’accentue à mesure qu’on grimpe dans la hiérarchie des services.
 

Les services truquaient leurs rapports sur la Syrie et l’Irak

 
L’affaire des « rebelles modérés » en offre un exemple spectaculaire. L’état-major prévoyait l’an dernier que les groupes soutenus par les Etats-Unis constitueraient à court terme une force de quinze mille hommes capables de soutenir le combat contre Daech. Cinq cent millions de dollars ont été dépensés pour cela. Or, pour finir, le général Lloyd Austin, patron du Centcom, a du avouer qu’il n’y avait que « quatre ou cinq » combattants opérationnels entraînés par les Etats-Unis en Syrie.
 
Pourtant plusieurs analystes haut gradés avaient tiré la sonnette d’alarme, mais leurs rapports étaient considérés avec une sévérité particulière et écartés. Plus, deux d’entre eux, en poste au Centcom pour les affaires de Syrie, auraient été écartés à cause de ces rapports critiques, et parce qu’ils s’avouaient sceptiques devant la politique menée. Des sources anonymes mais considérées comme fiables l’affirment. Ils ne seraient qu’un symptôme d’un système biaisé : les services du Centcom truquaient systématiquement le renseignement concernant la Syrie et le Proche Orient pour donner une image idyllique des résultats de la politique décidée par Obama.
 

L’enquête porte sur le renseignement militaire des Etats-Unis

 
L’analyste en chef pour l’Irak, Gregory Hooker, a été déplacé en poste à Londres. Promoveatur ut amoveatur ? On n’en a pas de preuve, certains disent qu’il avait demandé sa mutation. Mais il avait été identifié par le New York Times comme l’animateur des critiques contre les rapports truqués. Quoi qu’il en soit, l’ambiance de travail au Centcom est désormais à couper au couteau, les uns craignant les représailles, les autres cherchant à savoir qui a dit quoi à la presse et aux enquêteurs.
 
Car une enquête a été lancée par le président de la commission du renseignement à la Chambre des représentants Devin Nunes, et une autre par l’inspecteur général de la Défense. Afin de déterminer s’il y a du « falsification, distorsion, retard, suppression ou modification inappropriée du renseignement » touchant à l’Etat islamiqur, à la Syrie et à l’Irak.
 
En attendant, le major général Steven Grove, qui commandait les services du renseignement au Centcom, va être remplacé par le major général Mark R. Quantock. Grove et son adjoint civil Gregory Ryckman sont accusé d’avoir effacé des dossiers et des courriels de leurs ordinateurs pour les soustraire à l’inspection générale. L’enquête devrait aboutir bientôt, selon le Pentagone, ce qui devrait rendre un peu de calme au renseignement des Etats-Unis.
 

Pauline Mille