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Sur le site du Forum économique mondial, plaidoyer pour les robots munis de sentiments humains

Forum économique mondial robots sentiments humains
 
Que le site du Forum économique mondial, organisme privé de promotion de la mondialisation, donne la parole à une de ses contributrices habituelles pour dire tout le bien qu’elle pense des robots munis de sentiments humains est décidément intéressant pour ceux qui aimeraient savoir de quoi demain sera fait, dans l’esprit des gens de pouvoir. Pascale Feung est un jeune professeur d’ingénierie électronique et informatique de l’université d’Hong Kong. Une « tête » ! Mais aussi une femme. Quoi de plus opportun que de laisser une éditorialiste féminine expliquer pourquoi il est bon que les robots « reconnaissent » les émotions des êtres humains et sache leur répondre en retour ?
 
Pascale Feung travaille elle-même sur l’incorporation de « modules d’empathie » dans les robots destinés à interagir avec les hommes, notamment dans le domaine des soins, de la médecine ou de l’enseignement. Ce n’est pas la première fois qu’elle s’exprime sur la question : à un premier article sur l’opportunité de donner un « cœur » au robot, explique-t-elle, il y a eu deux types de réponses. Celles, agacées et inquiètes, de correspondants hostiles à ce que l’on confie des tâches proprement humaines comme le soin des malades à des machines. De l’autre côté, les réponses plus enthousiastes d’internautes qui en viennent à se demander si les robots finiront par avoir une « conscience ».
 

Un auteur promu par le Forum économique mondial plaide pour les robots empathiques

 
Spécialiste de l’Intelligence artificielle, l’auteur du site weforum.org pose d’emblée le fait que ces questions ne sont pas théoriques. Avec les avancées de la science informatique, qui permettent de fabriquer des robots qui ne se contentent plus de cracher des données conformément à ce que l’homme y a mis, les robots empathiques sont pour bientôt. La nouveauté, c’est leur capacité à « apprendre ». Aujourd’hui, ils peuvent s’adapter à leur environnement et l’appréhender à partir de milliers d’exemples qui leur sont soumis : c’est « l’apprentissage par la machine » qui fonctionne un peu comme l’application de traduction de Google : à partir de milliards de sites et d’innombrables exemples de traduction, la machine peut apprendre à traduire de manière de plus en plus fine.
 
Au fond, et c’est bien ce qui ressort de l’article de Pascale Feung, le robot apprend aujourd’hui à travers les multiples données dont on l’alimente – de même que l’être humain apprend à travers ses innombrables perceptions qui lui permettent de créer des circuits neuronaux. Cela n’est pas dit explicitement, mais le processus est le même, hormis la conscience.
 

Les sentiments des robots les feront ressembler aux êtres humains

 
Aujourd’hui, souligne Mme Feung, « les robots de l’industrie construisent nos voitures et nos Smartphones ». Ils aident les malades à réapprendre à marcher. Il existe même des logiciels permettant d’écrire des documents juridiques ou capables de noter des copies – voire d’écrire des articles pour la presse. Il y a des robots pour la peinture, la composition musicale, le jeu de Go. Ils dépassent les êtres humains en force, en rapidité, en capacités intellectuelles, selon leurs domaines.
 
« Ont-ils pour autant besoin de ressentir comme nous le faisons ? », demande l’article. Besoin ou pas, les chercheurs travaillent déjà à donner à des robots la capacité de reconnaître instantanément l’émotion de leurs interlocuteurs humains à travers ses intonations, grâce à des algorithmes permettant l’apprentissage décrit plus haut, par la multiplication des données. Pour la voix, cela suppose que le robot puisse saisir non seulement la note, mais aussi la « couleur », le tempo, la vitesse d’énonciation : jusqu’à 2.500 caractéristiques qu’il fallait jusqu’à présent programmer une par une. Ce processus a été accéléré de manière spectaculaire par des innovations dans le domaine des réseaux neuraux – le « deep learning » qui finit par assimiler le disque dur du robot au cerveau humain par son fonctionnement, en éliminant le « pas à pas » systématique.
 
Au ton de la voix s’ajoutent désormais les expressions du visage, que des robots androïdes sont déjà capables de reconnaître en percevant des changements infimes – les micro-expressions
 
Bref, la technologie existe, tout est aujourd’hui question de mise en œuvre plus ou moins rapide.
 

Le Forum économique mondial accompagne la Quatrième révolution industrielle

 
Pascale Feung rappelle que nous sommes à l’orée de la Quatrième révolution industrielle. Avec sa menace, sa promesse de remplacer nombre d’activités humaines par des outils technologiques. « La plupart des gens ne se rendaient pas compte de la rapidité des progrès de l’intelligence artificielle et de la robotique dont on fait aujourd’hui la publicité ; ils extrapolent, prédisant que les robots prendront le pouvoir d’ici à 30 ou 50 ans » : pour l’auteur, c’est le type de prédiction qui accompagne chaque grande étape technologique, alors qu’en pratique, les êtres humains s’adaptent et apprennent à s’en servir.
 
Au vu des chiffres du chômage dans de nombreux pays développés, c’est loin d’être sûr.
 
Mais il est intéressant de noter que pour cet auteur accueilli à bras ouverts par le Forum économique mondial, l’important est une nouvelle relation entre l’être humain et le robot puisse se développer. « Pour que les êtres humains aient moins peur, qu’ils aient confiance en un robot qui marche, qui parle, qui gesticule, qui porte des poids, il faut que nous ayons une empathie mutuelle à l’écart du robot. Ce qui met le robot à part par rapport aux autres engins électroniques, c’est son intelligence machinale avancée – et ses émotions. Comprendre le cri d’un bébé, ou la plainte douloureuse dans la voix d’un patient, cela correspond à un besoin crucial chez les robots “soignants”. Pour que les robots soient véritablement intelligents, ils ont besoin d'”avoir du cœur” », écrit-elle.
 

Des robots qui sentent, qui rêvent, qui aient des normes morales…

 
De là à savoir si ces robots auront une conscience, s’ils auront des ressentis, s’ils rêveront… Pascale Feung ne se prononce pas explicitement. Mais elle observe que les « réseaux neuraux » des robots ressemblent au cerveau humain et peuvent générer des images au hasard, « oniriques ». Et bien qu’on ne sache pas ce qui fait que l’homme ressent, est conscient – est-ce la combinaison de nos perceptions sensorielles et du processus de la pensée, s’interroge-t-elle, ou y a-t-il autre chose ? – il faut tenir compte des nouvelles capacités des robots pour s’assurer qu’ils « suivent nos normes éthiques et morales ». « Avec l’expansion de l’intelligence des robots, il va devenir tout aussi important d’apprendre les valeurs aux machines comme aux enfants humains » – en attendant que cela se fasse automatiquement par le biais de « la reconnaissance émotionnelle était capacités de communication ».
 
Autrement dit, il faut traiter les robots comme s’ils étaient des êtres humains, que ce soit vrai ou non. Davos veille au grain.
 

Anne Dolhein