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Sidérurgie : le Royaume-Uni sacrifie son industrie de l’acier pour plaire à la Chine

Sidérurgie Royaume Uni sacrifie industrie acier Chine

Fabrication de l’acier, alliage métallique constitué principalement de fer et de carbone.


 
Dans un passionnant article publié par le Telegraph de Londres, Ambrose Evans-Pritchard accuse la volonté britannique de maintenir une relation privilégiée avec la Chine de menacer l’ensemble de son industrie de l’acier. Et ce n’est pas seulement le Royaume-Uni qui sacrifie sa sidérurgie, ce « pilier de notre économie manufacturière », commente le journaliste : « La plupart des fonderies d’acier d’Europe sont voués à l’annihilation sous le régime commercial actuel de l’UE, avec des conséquences inimaginables sur l’ensemble du réseau de la chaîne des fournisseurs européens et britanniques ». Un vrai « pacte faustien »…
 
Le responsable de cette entente avec le diable n’est autre que George Osborne, selon le Telegraph. C’est lui, le chancelier de l’Echiquier, qui a tout fait pour favoriser la Chine au risque de nuire à l’économie britannique et à celle de l’ensemble de l’Union européenne. Et c’est le gouvernement conservateur dans lequel il joue un rôle clef qui bloque depuis trois ans les efforts de l’Union européenne en vue de mettre en place un arsenal anti-dumping face à « l’honorable partenaire ».
 

La sidérurgie européenne peine sous un veto britannique

 
Washington n’a pas eu de ces scrupules. Aujourd’hui, les Etats-Unis frappent l’acier laminé à froid d’origine chinoise de pénalités de 267 % ; l’Union européenne elle, arrive péniblement à 13 %.
 
Alors que l’industrie européenne de l’acier est dans une situation désespérée, le Royaume-Uni a en effet réussi à mettre en place une minorité de blocage au Conseil de l’Union européenne – au grand dam de la France, de l’Italie, de l’Espagne et de l’Allemagne – qui empêche la modification d’une régulation européenne en vue de renforcer les instruments de protection commerciale de l’UE (les TDI) et de permettre à ceux-ci de répondre bien plus rapidement aux pratiques de dumping de la Chine, en imposant des pénalités beaucoup plus lourdes.
 
Le Royaume-Uni, sur la ligne du libre-échangisme le plus large possible, défend l’idée selon laquelle les tarifs douaniers punitifs font du mal au consommateur domestique : une manière de se tirer dans le pied.
 
Faute d’avoir pu prendre les mesures souhaitées par plusieurs de ses Etats-membres en raison du veto britannique, Bruxelles met aujourd’hui deux fois plus de temps (16 mois) que Washington pour mettre en place des sanctions, et encore, comparée avec la force de frappe des Etats-Unis, l’UE se défend avec un « pistolet à billes », note Ambrose Evans-Pritchard.
 

A Bruxelles, le Royaume-Uni empêche les mesures anti-dumping contre l’acier chinois

 
Plusieurs aciéries britanniques ont déjà fermé ou sont sur le point de le faire. A terme, ce sort attend la majorité des usines. Dans le même temps, la part chinoise de la production globale d’acier est passée de 10 à 50 % en dix ans – et la Chine est confrontée aujourd’hui à un excès de capacité de production estimé par l’OCDE à 400 millions de tonnes par ans sur ses 1,2 milliard de tonnes au total, sans espoir de les écouler alors que la construction en Chine est en pleine déflation.
 
L’Union européenne, elle, affiche une production totale de 200 millions de tonnes. Pour la Chine, le marché européen est la cible rêvée pour sa surproduction alors que son industrie de l’acier bénéficie de grasses subventions à l’exportation, de remises fiscales et de crédits d’Etat très bon marché : « toute la panoplie de mesures que peut utiliser une puissance mercantiliste pour manipuler le commerce global ».
 
La Chine a déjà capté 45 % du marché britannique des barres d’acier ultra-résistantes – elle en était quasiment absente il y a quatre ans. Sous sa pression, le cours de l’acier laminé à chaud est tombé de 650 dollars la tonne en 2009 à 369 dollars en 2013. C’est ce qui explique les pertes actuelles de Tata Steel au Royaume-Uni : 1 million de livres par jour, l’addition étant alourdie par le coût prohibitif de l’énergie. L’annonce par le géant indien de la cessation de ses activités au Royaume-Uni entre dans cette logique.
 

L’industrie de l’acier aux prises avec la concurrence déloyale de la Chine

 
L’autre handicap auquel fait face la sidérurgie britannique est celui, non moins délibérément mis en place, des impôts « verts » créés au nom de la lutte contre le « réchauffement climatique ». Là où l’Allemagne a mis en place des mesures de compensation pour soutenir son industrie de l’acier, gourmande en énergie, le Royaume-Uni a laissé la sienne seule face aux coûts exorbitants de l’« écologie », avant de consentir enfin quelques mesures compensatoires en décembre.
 
En théorie, la Chine veut rationaliser sa production en fermant des usines pour aboutir à une baisse de capacité de production de 100 à 150 mille tonnes d’ici à cinq ans, avec 440.000 emplois perdus à la clef. C’est là l’objectif du Premier ministre Li Keqiang mais il lui reste à convaincre le Politburo chinois qui a tendance à tenir compte avant tout des impératifs du Parti – communiste, faut-il le rappeler. A l’heure qu’il est, loin de réduire sa capacité de production, la Chine ne cesse en réalité de l’augmenter, fût-ce au moyen d’usines moins polluantes.
 
L’état économique des aciéries chinoises n’a pas de quoi susciter la jalousie des usines européennes : Sinosteel, gigantesque société d’Etat, affichait 16 milliards de dollars de dettes cumulées en octobre dernier lorsqu’elle a bénéficié d’un sauvetage. Selon UBS, les 100 plus gros producteurs d’acier chinois ont perdu 11 milliards de dollars de janvier à octobre 2015 – et l’Etat a comblé le trou.
 

Comment la Commission sacrifie les intérêts de l’UE au nom du libre-échange

 
« Curieusement », note Ambrose Evans-Pritchard, c’est le moment que la Commission a choisi pour doter la Chine du « Statut d’économie de marché », et elle le fait en douce, provoquant de vives réactions de la part de certains parlementaires européens. Selon l’Economic Policy Institute, accorder ce statut à la Chine aboutirait à mettre en péril 3,5 millions d’emplois dans l’industrie européenne par la limitation des droits de douane. Et ce serait la fin de la sidérurgie européenne, avec 350.000 emplois perdus.
 
« Curieusement » ? Voilà la question en effet. Evans-Pritchard s’étend sur les raisons qui peuvent pousser George Osborne à agir comme une Cinquième Colonne à lui tout seul pour favoriser la Chine bien au-delà de ce qu’exige la prudence politique pour maintenir de bonnes relations avec une superpuissance potentiellement hostile.
 
Mais l’action d’Osborne et même celle du gouvernement britannique ne suffisent pas à expliquer que la Commission de Bruxelles elle-même se lance tête baissée dans une politique dont les conséquences néfastes sont parfaitement évidentes aux yeux du moins expérimenté des analystes. A moins d’être schizophrènes ou aveugles, les représentants du pouvoir exécutif européen les connaissent et c’est délibérément qu’ils les acceptent. Voire, qu’ils les désirent.
 
Evans-Pritchard remarque, à propos des conclusions de l’Economic Policy Institute : « Si cela est exact, et si on laisse libre cours à tout cela, l’Europe serait finie en tant que région industrielle et militaire. Ce serait un suicide de civilisation. »
 
Mais il faut être plus précis. Ce serait une étape – matériellement visible – de l’instauration de ce que d’autres que lui ont résumé en une formule exacte et définitive : la « culture de mort ». Ou la recherche du néant pour lui-même.
 

Anne Dolhein