« Synodalité » et droit canonique : Mgr Randazzo, préfet de Dicastère, rectifie quelques interprétations

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On critique avec raison la « synodalité », notion tellement vague et mal définie que le pape François y avait consacré un synode, qui au demeurant n’avait pas abouti à quoi que ce soit de plus clair. Des évêques et des cardinaux ont dénoncé son interprétation, qui invite chacun, et même jusqu’aux non-baptisés, à « dialoguer » en son nom pour orienter l’Eglise. Mais voici qu’un préfet de Dicastère est venu, à son tour, dénoncer une certaine conception de la chose. Mgr Anthony Randazzo, désormais archevêque, évêque du diocèse de Broken Bay en Australie, a été nommé en la fête de l’Annonciation de cette année à la tête du Dicastère pour les textes législatifs. Choisi par Léon XIV, lui-même fin canoniste, il a répondu aux questions de la revue Vox Canonica début septembre. Et ses réponses sont plutôt de bon augure, comme le souligne Infovaticana.

Mgr Randazzo a commencé par souligner que la synodalité et l’accompagnement ne sont pas des réalités nouvelles, mais plutôt des « expressions contemporaines » désignant quelque chose de traditionnel : la communion des baptisés, la participation qui s’exprime notamment à travers le droit et le devoir des laïcs d’intervenir au sein de l’Eglise pour exprimer leurs « souhaits » mais aussi leurs inquiétudes.

 

La « synodalité », le droit canonique et le droit des laïcs de dire leurs inquiétudes sur l’Eglise

Il cite ici le canon 212 § 3 ; précisons-en le texte : « Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, ils ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Eglise et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes. »

Pour ce qui est de la mission et de l’accompagnement, il renvoie au fait que dans la vie pastorale, que ce soit dans la vie religieuse ou familiale, il s’agit d’une action entreprise dans la durée.

Tout cela, il le rattache à son propre devoir de préfet de Dicastère, qui est notamment d’« encourager tous les fidèles à rester fermes dans le Christ, fidèles à la profession de notre foi, et unis dans l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique ».

Il fixe d’ailleurs des limites à la synodalité : « Permettez-moi de proposer l’analogie d’un vieil arbre. Au printemps, le vieux bois peut produire de nouvelles pousses vertes. L’arbre ne cesse pas d’être ce qu’il est, mais plutôt, il fleurit à nouveau et porte des fruits abondants. Cependant, certaines interprétations trop enthousiastes de la synodalité voient ce moment comme une occasion de simplement élaguer ce que l’on considère comme du bois mort. Le danger est que, sans discernement attentif, ce qui est proposé comme renouveau peut constituer des dommages inutiles, affaiblissant l’arbre plutôt que de lui permettre de s’épanouir. C’est pourquoi il faut cultiver l’arbre attentivement, de manière réfléchie, intelligente et fidèle. L’Eglise ne se renouvelle pas en abandonnant ses racines, mais en permettant à ses racines de nourrir les nouvelles pousses. »

 

Mgr Randazzo fait appel avant tout à l’Evangile et à la Tradition

Et de rappeler que le Code de droit canonique fixe précisément et ordonne le rôle de chacun, « à la fois les droits des fidèles et la mission confiée à l’Eglise par le Christ. »

Au sujet du droit de l’Eglise, justement, ayant rappelé que Jésus-Christ, « la voie, la vérité et la vie », « doit être notre principe et notre fin, notre seul point de référence », Mgr Randazzo rappelle que le droit canonique n’a jamais existé pour lui-même, mais plutôt, selon le principe « salus animarum suprema lex », « pour le salut des âmes, qui est la loi suprême de l’Eglise », dans la fidélité à l’Evangile et aussi à la Tradition, plusieurs fois nommé avec sa majuscule.

Pourquoi tout cela serait-il un signe d’espérance ?

Eh bien, dans un contexte où le droit canonique est considéré avec méfiance par certains, et notamment par les fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X à la suite de l’excommunication automatique de ses deux évêques sacrés en 1988, et des quatre nouveaux évêques que ceux-ci ont sacrés cet été, et de la lettre du Dicastère pour la Doctrine de la foi excommuniant tous ceux qui adhèrent formellement à cet acte, une prise de parole aussi précise et soucieuse de la continuité de l’enseignement de l’Eglise est un élément positif.

 

Le droit canonique et la FSSPX

On sait Léon XIV très attentif au droit canonique, comme l’ont montré la nomination d’un expert en la matière à la tête du Dicastère pour les évêques, Mgr Filippo Iannone, et six mois plus tard, de Mgr Randazzo aux Textes législatifs.

Il convient de préciser que le pape n’a pas personnellement signé les décrets et notes concernant la Fraternité Saint-Pie X – et que la note, justement, de la Doctrine de la foi provoque perplexité et contestation parmi de nombreux canonistes de tous bords. On s’interroge devant le retrait des facultés de confesser et de marier qui avaient été données par un pape, en l’occurrence François, et qui ne peuvent être retirées que par une autorité de même niveau, à savoir le pape Léon XIV lui-même. Mais aussi devant une excommunication aussi large que floue de prêtres et fidèles, là où une telle sanction ne peut être prononcée que de manière individuelle et signifiée personnellement.

Le chanoine Marc Guelfucci, canoniste et aujourd’hui vicaire épiscopal du diocèse de Paris chargé des mariages, évoque ce sujet dans l’émission sur la visite de Léon XIV à Paris que j’ai eu le plaisir d’animer dimanche dernier sur Radio Courtoisie : les réponses de Rome commencent à tomber et confirment l’existence d’un vrai problème. On peut l’écouter ici, à partir du repère 1 h 14 mn.

L’avenir dira ce que Léon XIV fera de cette porte mal fermée.

 

Jeanne Smits