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Trois fois plus de migrants sont passés de Turquie en UE que l’inverse

Trois fois plus migrants Turquie UE

Des migrants, le 29 janvier 2016 Ă  Canakkale, en Turquie, espèrent atteindre l’Ă®le grecque de Lesbos.


 
MalgrĂ© un accord financier portant sur 6 milliards d’euros accordĂ©s Ă  la Turquie pour reprendre des migrants illĂ©gaux, trois fois plus de rĂ©fugiĂ©s sont passĂ©s de la Turquie vers l’Union europĂ©enne que l’inverse. La Turquie, depuis la signature de l’accord en mars dernier, a repris 801 migrants très exactement, tandis qu’elle en transfĂ©rait 2.672 vers l’UE. Les chiffres sont certes largement infĂ©rieurs Ă  ce qu’ils Ă©taient l’an dernier, alors que la Turquie accueille actuellement plusieurs millions de rĂ©fugiĂ©s. Mais les flux se sont simplement dĂ©tournĂ©s : aujourd’hui, la route principale empruntĂ©e par les passeurs et leur « marchandise humaine Â» est celle, bien plus pĂ©rilleuse pour les migrants, de la mer, depuis l’Afrique du Nord et spĂ©cialement la Libye.
 
6 milliards d’euros, donc, pour trois fois rien : quelques milliers de dossiers rĂ©glĂ©s, et des conditions de vie des rĂ©fugiĂ©s en Turquie toujours dĂ©noncĂ©es par les militants des droits de l’homme. Et tandis que l’accord de principe prĂ©voyait une quasi Ă©galitĂ© entre les transferts, on voit que le dĂ©sĂ©quilibre s’est installĂ©. L’Union europĂ©enne avait acceptĂ© d’offrir une place Ă  un rĂ©fugiĂ© syrien dĂ»ment dotĂ© du statut lĂ©gal pour tout clandestin renvoyĂ© vers la Turquie.
 

La Turquie devait reprendre autant de clandestins que l’UE recevrait de réfugiés patentés

 
En pratique, les renvois vers la Turquie sont bien moins nombreux et s’étiolent d’ailleurs : la moitiĂ© d’entre eux ont eu lieu dans les deux mois suivant la signature de l’accord, puis le nombre de nouveaux « dĂ©portĂ©s Â» a fortement dĂ©cru au cours des mois suivants. VoilĂ  pour les flux officiels, le chiffre de 2.672 Syriens acceptĂ©s en Europe, dont plus de 1.000 officiellement accueillis en Allemagne, Ă©tant celui d’un rapport de la Commission de Bruxelles.
 
Selon Deutsche Welle, les passages illégaux depuis la Turquie vers la Grèce ne cessent quant à eux d’augmenter en nombre, spécialement depuis le putsch raté contre le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Moins empruntée, certes, en raison de l’accord entre la Turquie et l’UE, la route des Balkans est toujours séduisante.
 
Tous chemins confondus, la situation est toujours très loin d’être rĂ©glĂ©e. Alors que l’Italie connaĂ®t un afflux par voie de mer en augmentation de 20 %, l’Allemagne a enregistrĂ© en 2016 quelque 320.000 nouvelles demandes d’asile. On n’atteint pas les chiffres de l’an dernier mais le total reste Ă©norme, d’autant qu’il s’ajoute au gros million dĂ©comptĂ© de manière imprĂ©cise en 2015.
 
L’agence Frontex, elle, fait état d’une remontée importante des entrées des clandestins depuis l’Afrique du Nord.
 

Trois fois plus de migrants pour un plan Ă  6 milliards

 
Il semblerait que les 6 milliards d’euros remis à la Turquie n’aient finalement fait que déplacer le problème.
 
Problème appelĂ© Ă  s’accroĂ®tre. Selon les services du renseignement militaire d’Autriche, la croissance de la population et l’augmentation du chĂ´mage en Afrique vont ajouter quelque 15 millions de personnes au « surplus Â» de la population active sur le continent. Et de mettre en garde : si l’Union europĂ©enne ne modifie pas sa politique d’asile et si elle ne consacre pas plus d’argent Ă  l’aide au dĂ©veloppement dans les pays les plus affectĂ©s en Afrique, cette armĂ©e de jeunes qui ne trouveront pas de travail chez eux sera tentĂ©e de rejoindre l’Europe pour y trouver une vie meilleure. Il devient urgent de mieux protĂ©ger les frontières extĂ©rieures de l’Union europĂ©enne, selon le rapport citĂ© par Bild.
 
Le rapport part d’un prĂ©supposĂ© europĂ©iste : ce serait forcĂ©ment Ă  l’UE de rĂ©gler le problème, moyennant force subventions, et non aux pays souverains. Or une partie du problème est prĂ©cisĂ©ment liĂ©e Ă  cet immense espace sans frontières installĂ© dans une partie de l’Europe.
 
Le rapport ne considère pas non plus la force peut que reprĂ©senter pour l’Afrique une population active jeune et nombreuse, Ă  condition de ne pas ĂŞtre entravĂ©e par les problèmes politiques propres au continent noir. Mais c’est une autre histoire.
 

Anne Dolhein