Des centaines de femmes utilisatrices du contraceptif Depo-Provera témoignent de tumeurs cérébrales

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Elles sont près de 200 en Ecosse à avoir signalé leur volonté de poursuivre Pfizer en raison d’effets secondaires importants qu’elles attribuent au contraceptif injectable de longue durée, Depo-Provera. Le cabinet d’avocats Thompsons Solicitors Scotland a déjà accepté de prendre les dossiers de 150 femmes ; il en est pour l’instant au stade de la récolte d’informations, une étape toujours complexe lorsqu’il s’agit de prouver une relation de causalité entre la prise d’une molécule et des problèmes de santé. Mais l’affaire fait déjà les gros titres depuis plusieurs semaines dans les journaux britanniques, alors que des femmes s’estimant victimes d’un discours lénifiant autour de ce contraceptif racontent leur parcours douloureux.

En haut de la liste des effets nocifs, on trouve des tumeurs cérébrales. L’exemple de Nicola McKay, aujourd’hui âgée de 53 ans, est typique. Elle a eu recours pendant plus de 20 ans à ce contraceptif injecté, qui lui a été administré tous les trois mois depuis le début des années 2000. Cette infirmière a dû être hospitalisée en urgence en février 2025 après avoir eu une série de convulsions.

 

Des tumeurs cérébrales « bénignes », mais aux effets dévastateurs

Les examens pratiqués à cette occasion ont révélé qu’elle avait trois tumeurs non cancéreuses, des méningiomes, qui, bien que non malignes, n’en ont pas moins un effet direct sur le cerveau. Elle a dû subir de multiples interventions médicales pour qu’elles soient enlevées, y compris un nettoyage chirurgical avec trépanation et une radiothérapie qui s’est révélée impuissante à nettoyer totalement l’une des tumeurs. Nicola McKay a dû renoncer à son métier d’infirmière et doit désormais compter sur des soins en continu, avec un risque permanent de crise épileptique pour le restant de ses jours. Sa vie en a été changée. Elle en veut aujourd’hui à ceux qui l’ont incitée à utiliser ce contraceptif, ainsi qu’à son fabricant, de ne l’avoir jamais mise en garde contre ses effets potentiels.

Or une étude de 2024 publiée par le British Medical Journal a permis constater que les femmes ayant utilisé le Depo-Provera (à savoir le médroxyprogestérone acétate, extrêmement efficace en tant que contraceptif) pendant 12 mois au moins, ont un risque multiplié par 5,6 de développer des méningiomes par rapport aux femmes qui ne l’utilisent pas. Depuis lors, la notice de la molécule doit comporter une mise en garde adressée à la patiente avec la mention explicite des tumeurs cérébrales.

Mme McKay s’est rendue le mois dernier au Parlement écossais, accompagnée d’un petit groupe d’autres victimes potentielles, pour rencontrer l’élue travailliste Jackie Baillie. Chacune de ces femmes souffre de conséquences lourdes. Elles réclament désormais une enquête à l’échelle du Royaume-Uni afin de mieux établir le lien entre la molécule de Pfizer et les atteintes au cerveau.

 

Le contraceptif Depo-Provera accusé par Kirsty McCord

Parmi ces femmes, Kirsty McCord, 52 ans, raconte qu’on lui a « vendu » le Depo-Provera lorsqu’elle était adolescente comme un « médicament miracle » capable de contrôler son cycle et ses hormones. Plus de 30 ans plus tard, une utilisation en continu a abouti à une crise d’épilepsie, à l’occasion de laquelle on lui a trouvé une tumeur de la taille d’une mandarine. Elle aussi a subi une neurochirurgie qui n’a pas pu la débarrasser totalement du méningiome en raison de la proximité d’une veine majeure.

En attendant, il lui avait déformé la tête, puisqu’il faisait ressortir son œil droit. Le reste de la tumeur continue de croître et, si des médicaments antiépileptiques lui permettent de ne pas souffrir d’autres crises de convulsions, il n’y a rien à faire. « C’est comme si j’avais une bombe à retardement dans la tête, capable d’exploser à n’importe quel moment », dit-elle.

Il appartient désormais au département de la santé du Royaume-Uni, qui a la charge de la surveillance des médicaments, de mettre en place une action adéquate. Une porte-parole a déjà indiqué que ces femmes seront reçues et entendues, mais non sans soutenir que, « pour la plupart des gens, les bénéfices du Depo-Provera sont plus importants que les risques ». Elle a ajouté que « quiconque a des questions ou des inquiétudes devrait voir un professionnel de la santé, comme un médecin traitant ou un pharmacien ». C’est une manière de balayer les responsabilités, alors qu’on a permis l’administration d’une substance qui a eu un effet de poison chez certaines femmes au moins.

 

Le contraceptif Depo-Provera et son lien connu avec des tumeurs cérébrales

Le docteur Allison Cave, responsable en chef de la sécurité des médicaments et des produits de santé, a déclaré que si de nouvelles informations significatives étaient identifiées, son agence pourrait envisager de nouvelles actions de régulation. Quelques centaines de femmes qui ont potentiellement vu leur vie détruite par la substance, après tout, et ce dans un seul pays, l’Ecosse, cela ne pèse pas assez lourd.

Un mot ici sur le bénéfice-risque : prendre un médicament qui a le pouvoir de stopper, d’empêcher ou d’amoindrir les risques d’une maladie grave, en acceptant un risque minime d’y voir associés des effets secondaires lourds est un choix qui peut être pesé. Pour un contraceptif, c’est tout de même une autre histoire, lorsque celui-ci a pour objectif d’empêcher une fonction naturelle du corps à des fins de convenance personnelle. Le principal objectif du Depo-Provera est d’agir comme inhibiteur du fonctionnement normal du corps sain, en introduisant un désordre hormonal. Faut-il vraiment s’étonner si de telles molécules, qui ne méritent alors pas le nom de médicament, se révèlent nocives à l’usage, et surtout à l’usage prolongé ?

Est-il nécessaire de rappeler que l’OMS a homologué sans réserve en 2015 le Depo-Provera, contraceptif favori de la Fondation Gates ? Pourtant, selon la FDA américaine, c’est le contraceptif le plus meurtrier ; elle a d’ailleurs refusé de l’homologuer jusqu’en 1992.

Face à la levée de boucliers actuelle, un porte-parole de Pfizer a, quant à lui, pondu l’un de ces communiqués standard qui indiquent d’eux-mêmes que les fabricants pensent d’abord à leurs intérêts et à leur réputation : « La sécurité des patients est notre première priorité. Nous assurons une surveillance rigoureuse et continue de tous nos médicaments, y compris à travers l’évaluation des effets indésirables en collaboration avec les autorités de santé à travers le globe. Le Depo-Provera a été approuvé dans plus de 60 pays au cours des 30 dernières années. Il a une efficacité et un profil sécuritaire bien établis, et a constitué une option de traitement pour des millions de patients tout au long de cette période. Les gens devraient parler à leur médecin, à leur pharmacien ou à leur infirmier s’ils ont quelque inquiétude que ce soit ou font l’expérience d’effets collatéraux. » Un monument de langue de bois ! Et en plus, il prend soin de parler de patients et non de patientes. Ça aussi, c’est une priorité.

 

Le Depo-Provera et la tumeur mortelle

Pendant ce temps les histoires se multiplient. La chaîne britannique ITV publiait en avril un article sur une femme de 37 ans, lourdement handicapée. On lui diagnostiquait, en novembre 2023, un gros méningiome à la suite d’une forte détérioration de son état et de convulsions qui, dans un premier temps, avaient été attribuées à son handicap congénital et à sa paralysie cérébrale. La tumeur était tellement importante qu’il fut impossible de l’opérer. Kim Lewis est morte dans les huit jours.

Ses parents ont vu par la suite un appel aux victimes potentielles dans un reportage sur les conséquences néfastes du Depo-Provera sur ITV. La jeune femme s’était vu prescrire des injections depuis 17 ans pour soulager son cycle extrêmement douloureux. Ses parents ont fait le lien, et ont désormais rejoint un groupe au Royaume-Uni pour tenter d’obtenir une enquête, et le cas échéant, justice à travers la reconnaissance du rôle qu’a pu jouer contraceptif hormonal dans le décès de leur fille. Ce qu’ils dénoncent, c’est de n’avoir pas été informés, et de ne s’être vu proposer aucun choix.

 

Anne Dolhein