Bouyssou, Enthoven, Vigier : la République anticatholique

Bouyssou Enthoven République anticatholique
 

La République française se prétend laïque depuis 1905 et revendique jalousement ce qualificatif. En fait, il s’agit d’un voile pudiquement jeté sur une pratique constante anticatholique depuis la guerre menée entre 1879 et 1914 contre l’Eglise catholique, et que la République est tentée de reprendre en permanence, comme le rappelait le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon dans son livre de 2010, Une religion pour la République : la foi laïque de Ferdinand Buisson. Trois affaires récentes le montrent. L’incroyable sortie du maire communiste d’Ivry Philippe Bouyssou contre le conseiller municipal Kevin Nader. L’algarade du maire républicain de Châteaudun Philippe Vigier contre le sermon du curé local. Et le petit sac d’ordures jeté sur X par le socialiste (qui préfère Marine Le Pen à Mélenchon) Raphaël Enthoven contre l’Eglise.

 

La rage de Bouyssou contre la prière catholique

On se souvient des images du maire d’Ivry, Philippe Bouyssou, rouge comme un homard et agité comme un diable dans un bénitier, accusant Kévin Nader de « crime politique » pour avoir tiré de sa poche un crucifix et avoir récité un « Je vous salue Marie » en conseil municipal. Nader avait proposé un amendement pour inclure la laïcité dans le règlement intérieur du conseil et avait essuyé un refus, Bouyssou affirmant explicitement qu’elle ne s’appliquait pas. Nader avait alors récité sa prière pour protester contre la position contradictoire du maire et la démontrer par l’absurde. Bouyssou avait en effet autorisé une de ses adjointes à porter le voile en séance, tout en refusant tout signe catholique. Telle est la pratique de la République sous l’emprise maçonnique.

 

Vigier s’est senti visé par son curé

L’affaire Vigier est tout aussi ridicule si elle est moins violente. Successivement membre de l’UDF, de l’UDI, et du MoDem, Philippe Vigier est l’un de ces centristes qui n’ont d’autres convictions que les consignes de la république laïque. Député d’Eure-et-Loir, il a eu son bâton de maréchal comme ministre délégué dans le gouvernement Borne et s’est trouvé élu maire de Châteaudun en 2026. A ce titre, il assistait en somnolant à la traditionnelle messe de la foire aux laines jusqu’à ce que le curé dans son prône ne rappelle la Vérité catholique : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort. » Puis le prêtre invita les fidèles à « prier pour la vie » et « pour que les parlementaires ne fassent pas n’importe quoi ».

 

La république s’invite dans l’Eglise catholique

Le saint homme, venu du Burkina Fasso, François Yambressinga, ignorait que Vigier était rapporteur de la loi sur l’euthanasie, et il a été bien surpris que l’ancien ministre ordinairement urbain le prenne à partie sur le parvis de l’église, piété sur ses ergots comme un coq en colère. Vigier est allé (le culot laïque n’a pas de limite) jusqu’à exiger « des excuses publiques ». C’est une bien curieuse façon d’appliquer la séparation de l’Eglise et de l’Etat : on pensait les catholiques maîtres chez eux dans la maison du bon Dieu, mais Vigier prétend avoir son mot à dire sur les sermons. C’est ridicule, mais c’est conforme à la doctrine « laïque », c’est-à-dire anticatholique, pratiquée ailleurs. Ainsi l’Education nationale veut-elle imposer le programme EVARS dans les écoles catholiques hors contrat, et Raphaël Enthoven entend-il supprimer le secret de la confession.

 

Enthoven et les mamelles de la République anticatholique

Enthoven est partisan de l’euthanasie. C’est son droit. Il est agrégé de philosophie. C’est un beau diplôme. Il aurait dû en tirer la sagesse d’éviter de patauger dans les domaines qu’il ne connaît pas. L’histoire, par exemple. L’Eglise s’opposant à l’euthanasie en raison de sa foi et de sa tradition constante, il a entrepris de la discréditer sur X dans un texte où il mélange tout, Inquisition (laquelle ?), indulgences, procès de sorcellerie, sac de Constantinople, bûcher de Giordano Bruno, affaires homosexuelles et pédophiles. Sans tenir compte du temps qui passe ni du contexte, l’essentiel étant de prêter une intention et une pratique criminelle à Rome. L’anachronisme et l’amalgame sont les deux mamelles de la république antichrétienne.

 

Le gloubiboulga anticatholique d’Enthoven

Voici son pensum : l’Eglise catholique « a poursuivi, persécuté et torturé les hérétiques, les juifs et les sorcières pendant des siècles. A pratiqué le commerce des indulgences pour construire la Basilique Saint-Pierre. (…) A couvert et ordonné le sac de Constantinople par des croisés. A exécuté Giordano Bruno pour péché d’héliocentrisme. Fabrique des prédateurs en bataille en imposant le célibat des prêtres. Couvre les prédateurs qu’elle fabrique au nom du secret de la confession. Menace d’excommunication les catholiques qui choisiraient la liberté plutôt que la vie ». C’est un tissu d’erreurs et d’inexactitudes dont la seule fonction est d’arriver à la dernière phrase, c’est-à-dire de discréditer l’Eglise afin de lui interdire de défendre la vie.

 

L’Eglise catholique innocente de ce dont la République l’accuse

Voyons cela plus en détail. Le sac de Constantinople en 1204 d’abord. Selon Raphaël Enthoven l’Eglise l’aurait « ordonné » puis « couvert ». Les sources disent l’inverse. Avant le départ de la quatrième croisade, le pape Innocent III interdit toute attaque contre des villes chrétiennes. Après le pillage de Constantinople, il adresse aux croisés une lettre sévère ou il dénonce les violences commises contre leurs frères séparés, même s’il dut ensuite composer avec un fait politique accompli. Pour les indulgences, si quelques prédicateurs commirent des abus, Rome n’enseigna jamais que le salut s’achète. L’erreur d’Enthoven est grossière. Quant au lien célibat/pédophilie, c’est un vieux rossignol des années 1900 que nulle étude moderne ne confirme : le taux cette criminalité chez les éducateurs laïques mariés, les autres clergés, etc. est semblable à celui des religieux catholiques. On ne dira rien des procès de sorcières, nul n’ignorant plus que ceux-ci ont été infiniment plus nombreux en pays protestant qu’en pays catholique.

 

Le caporal-chef Enthoven entend soumettre les catholiques

Même le cas Giordano Bruno mériterait nuance, mais ce serait un peu long dans le cadre de cet article. Ce que reproche vraiment Enthoven à l’Eglise est sa défense de la vie et sa condamnation de l’euthanasie, qu’il appelle « liberté » par antiphrase. Il ajoute dans sa petite diatribe sur X : « Rappelons-le : Dieu merci, l’Eglise catholique n’est plus qu’une organisation religieuse privée, séparée de l’Etat, qui se conduit comme si elle était encore une institution publique et brandit des grigris, des anathèmes et des hosties pour parvenir à ses fins. Sous un ciel laïque, de telles fantaisies doivent d’abord nous faire marrer. » Derrière un vocabulaire qui se voudrait drôle et méprisant se cache une grande méconnaissance de la réalité : l’excommunication étant une peine d’Eglise ne s’adresse qu’aux catholiques et n’empiète donc nullement sur le domaine de l’Etat. C’est le caporal-chef Enthoven qui envahit celui de l’Eglise en prétendant lui interdire d’affirmer, avec le droit à la vie, celui de la foi.

 

Pauline Mille