Référendum : l’Irlande refuse de redéfinir la famille et le statut de la mère dans sa Constitution

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C’est un peu comme si le peuple irlandais, à quelques jours près, venait consoler les Français, blessés par l’inscription du crime dans leur Constitution. Dans un vote historique, à rebours du climat ambiant, l’Irlande a dit non. On lui avait demandé d’avancer sur le chemin du progressisme et de redéfinir la famille, le mariage et la maternité : elle a dit non, en rejetant massivement les propositions du gouvernement lors d’un double référendum inattendu, ce 8 mars.

Le premier ministre Leo Varadkar voulait profiter de la Journée de la femme, en arguant qu’il était temps de changer « un langage démodé ». Les Irlandais se sont davantage inspirés de la fête des Mères (chez eux, le 10 mars) pour dire qu’ils préféraient le garder : la vérité n’a pas d’âge ! A noter que le seul grand parti politique à soutenir un double non aux référendums était Aontú, un parti pro-vie, signe du décalage profond entre la majorité de la classe politique et le peuple qu’elle prétend représenter.

Cela montre aussi, encore une fois, que la mère est véritablement au cœur du débat parce que c’est la gardienne d’un monde, celui de la famille, que la gauche vomit et veut voir disparaître.

 

Supprimer certains « langages très démodés et très sexistes à propos des femmes »

Le projet de loi 2023 cherchait tout bonnement à modifier l’article 41 de la Constitution irlandaise, qui reconnaît les « droits inaliénables et imprescriptibles » de la famille, la contribution unique d’une mère à la société et la valeur du mariage.

Le 39e amendement proposé aurait modifié l’article 1 qui déclare : « L’Etat reconnaît la famille comme le groupe de base naturel primaire et fondamental de la société », pour dire plutôt, nous détaille TheNewAmerican : « L’Etat reconnaît la famille, qu’elle soit fondée sur le mariage ou sur d’autres relations durables, en tant que groupe de base naturel primaire et fondamental de la société. » Cela aurait également supprimé la clause selon laquelle la famille est fondée sur l’institution du mariage.

Le 40e amendement proposé s’attaquait, lui, à l’article 2 qui note que « par sa vie au sein du foyer, la femme apporte à l’Etat un soutien sans lequel le bien commun ne peut être réalisé » et que « l’Etat s’efforce donc d’assurer que les mères ne soient pas obligées par nécessité économique de se livrer à un travail au détriment de leurs devoirs domestiques ». Pour « équilibrer les rôles de genre », il aurait dilué ce statut féminin hautement sexiste par une vague « prestation de soins par les membres d’une famille les uns aux autres ».

 

Une victoire en Irlande « pour les mères et la maternité »

Il est certain que les articles d’origine semblent improbables à entendre, de nos jours, dans une Europe en marche forcée sur la voie du libéralisme sociétal à tout crin. Le défenseur du projet, Leo Varadkar, avait d’ailleurs qualifié le « non » de « pas en arrière », de geste inconsidéré de personnes « qui veulent ralentir ou bloquer notre progrès en tant que société ». Et pourtant ce qui leur semblait évident et facile fut une belle gifle.

L’Amendement sur la famille et l’Amendement sur les soins, adoptés à la hâte en décembre, ont tous deux été rejetés, respectivement, à 67,7 % et 73,9 %, sachant que ce dernier score est « le pourcentage le plus élevé de votes “non” de tous les référendums jamais organisés en Irlande », selon LifeSiteNews.

The Guardian, quotidien britannique de gauche, note que « l’ampleur du rejet a été une humiliation » pour toute la clique de gauche qui avait porté ce projet, de l’ensemble du gouvernement à ces multiples ONG non élues, nourries par les impôts irlandais, telles que le Conseil national des femmes d’Irlande, « qui devraient désormais clairement être considérées comme un poison idéologique au sein du corps politique » selon une parlementaire pro-vie citée par The Telegraph. Et le gouvernement irlandais l’a reconnu en parlant de « deux coups » reçus dans ce qui a été qualifié de « tremblement de terre politique » : « de toute évidence, nous nous sommes trompés », a déclaré le Premier ministre.

 

Un double référendum pour une redéfinition idéologique du terme « famille »

Alors, certes, il y a comme une dissonance : l’Irlande a quand même été le premier pays à voter l’adoption du mariage homosexuel par référendum en 2015 et a, de même, lâché sur l’avortement en 2018. Seulement ce référendum contredit fortement les précédents avec des chiffres supérieurs. Le peuple aurait-il davantage ouvert les yeux sur les conséquences de ces dernières lois qui prétendaient acter la transformation laïque et libérale de l’Irlande ?

En apparence, l’enjeu n’était pas aussi majeur… Un simple glissement des mots, aucun retombée concrète pour personne. Et pourtant, il y a eu ce coup de frein évident, de la part du peuple, contre ce que le journaliste irlandais, John Waters, a appelé cette « longue guerre contre la section relative aux droits fondamentaux de la Constitution irlandaise ». « Le gouvernement devrait appuyer sur le bouton pause dans sa politique de guerre culturelle », a affirmé un sénateur.

Parmi tous ces votants du « non », il y a bien sûr ceux qui craignaient que l’élargissement de la définition de la famille, non plus par le mariage mais par le terme « relations durables », puisse affecter les règles en matière d’impôt, de citoyenneté ou encore de droits de succession. D’autres pensaient aussi le rapport à l’immigration : dans un pays majoritairement convaincu qu’il y a trop d’immigrés (+ 415 % de demandeurs d’asile en 2023) et secoué par les émeutes de novembre dues à une attaque au couteau, l’idée de la polygamie fait bouger les esprits.

Mais il y a toutes ces autres voix qui ont su réagir à une attaque purement idéologique, alors qu’elle n’avait a priori aucune incidence dans leur vie de tous les jours. Ces Irlandais ont su voir, dans cette négation familiale et cette révision féministe, la matrice de la vraie révolution sociétale, morale et, il faut le dire, diabolique. Nul doute que le gouvernement irlandais tentera d’y revenir. Mais son peuple a, par ce geste réconfortant, montré l’importance essentielle de la femme, cœur du foyer, et celle de la famille, cœur de la société. Belle leçon politique.

 

Clémentine Jallais