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Purge en Turquie : les soutiens du coup d’Etat n’auront pas de funérailles islamiques

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Dans le cadre de la purge contre les « ennemis de la Turquie », le gouvernement turc a décidé d’interdire les funérailles islamiques pour tous les morts tombés à l’occasion du coup d’Etat manqué de vendredi dernier, dès lors qu’ils seront soupçonnés d’avoir soutenu le soulèvement contre Erdogan. Les imams ont reçu ordre de ne pas leur accorder le bénéfice d’une cérémonie religieuse. Etant donné que lesdits imams sont directement rémunérés par la république turque – la Turquie étant néanmoins supposée être un Etat laïque  – il y a des raisons de croire qu’ils seront sensibles à cette injonction administrative.
 
Quelque 50.000 personnes sont visées par les purges mises en place par l’administration Erdogan qui a décidé d’employer la manière forte contre ses dissidents. Lundi, sur simple soupçon, quelque 21.000 enseignants du privé ont été suspendus pour collusion supposée avec les ennemis de l’État.
 

Purge en Turquie : plus de 50.000 personnes seraient concernées

 
Le tour religieux pris par les opérations de nettoyage indique clairement que l’islamiste Recep Tayyip Erdogan se considère comme le garant de l’islam, autorisé à décréter que les musulmans ayant participé au coup d’Etat ne sont pas de « vrais » musulmans. Il est vrai que depuis le début, il a accusé l’imam Fethullah Gulen, exilé aux Etats-Unis, d’être derrière l’opération – alors même que l’armée turque, traditionnellement garante de la laïcité instauré par le franc-maçon Atatürk, a pu agir pour des motifs antireligieux.
 
L’initiative consistant à interdire les funérailles religieuses pour les insurgés montre à quel point l’islam de Turquie est aujourd’hui proche du pouvoir, ce qui est somme toute dans l’ordre musulman qui confond politique et religieux. C’est le Directorat des affaires religieuses, chargé de gérer les 75.000 imams rémunérés par l’Etat, qui a officialisé la décision mercredi.
 
Cette « indignité religieuse » fondée sur des motifs politiques rend compte de la puissance captée par l’Etat turc en la matière, et aussi de son degré de cruauté puisqu’il refuse, moderne Créon, que des êtres humains soient ensevelis dignement selon leur croyance.
 

Pas de funérailles islamiques pour les complices du coup d’Etat

 
Sachant cependant que l’islam prévoit l’enterrement des morts dans les 24 heures de leur décès, il doit y avoir une part d’effet d’annonce dans le décret – à moins qu’il ne s’agisse de prévoir ce qui se passera en cas d’exécutions capitales, puisque le président Erdogan envisage de rétablir la peine de mort.
 
Erdogan a qualifié le coup d’Etat de « don d’Allah » – une divine surprise qui va lui permettre de traquer sans pitié toute opposition dissidente au sein du corps de fonctionnaires de l’État, de l’armée, des écoles. En s’appuyant fermement sur sa foi islamique – et islamiste –, en allant jusqu’à accuser les Etats-Unis d’avoir fomenté la rébellion, il est en train de prendre des options radicales qui s’inscrivent dans sa redéfinition des alliances nouées par la Turquie. Dans l’Orient compliqué, le rôle de la Turquie est en pleine évolution.
 

Anne Dolhein