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Quinze millions : près de la moitié des emplois actuels au Royaume-Uni menacés par les robots

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Ce n’est pas quelque prophète de malheur qui le dit, ou un « complotiste » invétéré : celui qui vient d’annoncer que près de la moitié des emplois actuels au Royaume-Uni, soit quinze millions de postes, sont menacés par les « machines intelligentes » n’est autre que l’économiste en chef de la Banque d’Angleterre. Andy Haldane voit une nouvelle génération de robots de plus en plus « créatifs » prendre la place d’employés aussi divers que les vendeurs ou les comptables dans les vingt années à venir : « Les métiers les plus exposées sont ceux liés aux tâches administratives, de secrétariat et de production. » En moyenne, il s’agira surtout des emplois de milieu de l’échelle des salaires.
 
Lorsqu’une personnalité aussi haut placée dans la « Bank of England » fait une telle prophétie, il faut assurément la prendre au sérieux. Soit que le prophète constate un fait inévitable, soit qu’en réalité il l’appelle de ses vœux…
 
Le Royaume-Uni compte aujourd’hui 33,7 millions d’emplois, et connaît un chômage exceptionnellement bas dans le contexte européen, avec un peu plus de 5 % de demandeurs d’emploi. C’est proche du minimum incompressible. Pour Andy Haldane, les 15 millions de places qui risquent d’être prises sont ceux qui seront les plus faciles à automatiser, ainsi qu’il l’a expliqué devant le Trades Union Congress à Londres. Les syndicats ont été prévus…
 

Les robots intelligents menacent l’emploi des classes moyennes

 
Aux Etats-Unis, ce sont 80 millions d’emplois qui seraient menacés par l’« automation ».
 
C’est le risque de voir tout cela aller très vite au rythme des avancées technologiques qui incite la BoE à considérer toute hausse de taux – actuellement fixé à 0,5 % – comme « risquée », a-t-il précisé, ajoutant qu’il était « erroné » de penser que le nombre d’emplois d’un pays donné est « fixe ».
 
Quant à connaître les effets de cette automatisation des tâches subalternes, Haldane ne s’y risque pas. Par le passé, ils n’ont pas été négatifs : « Il n’y a essentiellement pas de preuve de ce que la technologie ait fait du tort aux emplois, et au contraire beaucoup d’éléments pour dire qu’elle a fait progresser les salaires », a-t-il dit, mais en soulignant qu’il pourrait ne pas en être de même à la prochaine étape.
 
Ce sont surtout les postes à revenus moyens qui sont menacés : ils pourraient être « vidés » par l’arrivée des machines, tandis que seuls les postes très payés ou au contraire faiblement rémunérés subsisteraient. Les robots intelligents « pourraient agir à la manière d’un impôt sur le revenu régressif sur les personnes à faibles compétences », a-t-il précisé.
 

Un financier de la Banque d’Angleterre avertit les syndicats britanniques

 
Que resterait-il ? Les emplois faisant appel à une vraie réflexion ou des raisonnements de haut vol, ou encore à l’imagination, seraient préservés. A l’autre bout de la chaîne, les tâches faisant appel à l’« empathie » pourraient elles aussi continuer d’être dévolues à des êtres humains : s’occuper des jeunes enfants ou des vieillards. « Mais plus les machines deviendront intelligentes, plus la probabilité de voir se rétrécir l’espace pour les compétences ayant une dimension humaine unique serait grande », avertit Andy Haldane.
 
Cela entraînerait non point la disparition du travail en tant que tel, mais des situations de plus en plus fréquentes où les emplois seraient occupés par des personnes surqualifiées.
 
Voilà qui met à mal toute l’argumentation de la Stratégie de Lisbonne qui, il y a quinze ans et moins, annonçait que l’Union européenne allait prendre la tête de l’économie mondiale grâce aux savoirs et aux compétences d’une population en pointe dans le domaine de la formation. On nous annonçait « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » pour 2010. Il suffit de regarder autour de soi…
 

Quinze millions de postes : c’est la moitié des emplois actuellement occupés au Royaume-Uni

 
Aujourd’hui, on nous explique au contraire que le contexte favorisera le groupe relativement restreint de ceux qui ont atteint le haut de l’échelle au sein d’emplois créatifs ou de décision. La « connaissance » est phagocytée par des robots et l’avènement de l’intelligence artificielle est annoncée à mots couverts par les financiers aux manettes. Le travail qui restera pour ceux qui ont des yeux, un cerveau et une paire de bras est celui des secteurs qui peinent déjà à recruter – sinon parmi une population habituée à se satisfaire de peu, les nouveaux arrivants depuis des pays pauvres.
 
Est-ce une des raisons pour lesquelles les « réfugiés » ont été subitement attirés vers des pays à faible natalité et sont aujourd’hui pour sortir de la misère économique ou de la guerre ?
 
C’en est une, en tout cas, pour qu’Andy Haldane réfléchisse à la manière d’orienter l’enseignement dans l’école de demain afin de mieux préparer la population à l’avenir qui l’attend. L’école devrait peut-être mettre davantage l’accent sur les « compétences non cognitives » telles la confiance et l’estime de soi, la construction de relations et la négociation.
 
Intéressant, encore. Dès la mise en place des méthodes globales, non seulement pour la lecture mais aussi pour bien d’autres matières comme la grammaire, les langues, l’histoire, et même les mathématiques, une tendance qui ne cesse de s’alourdir dans les pays développés, l’accent a été mis sur un enseignement qui s’adresse au « cerveau droit », celui de l’émotion, de l’analogie, de l’imitation. De l’empathie… Les capacités de raisonnement – le propre du « cerveau gauche » – sont laissées en friche ou entravées. On prépare bien le monde de demain !
 

Anne Dolhein