La revendication, si elle correspond à la réalité, peut être vue comme révolutionnaire : des chercheurs de l’Université du Minnesota affirment avoir construit une cellule synthétique qu’ils ont baptisée « SpudCell », qui s’alimente, grandit et se réplique quasiment en tout point comme une cellule naturelle, alors qu’elle a été fabriquée à partir de composants chimiques inanimés, expliquent-ils. Ceux-ci ont cependant été récupérés sur des bactéries vivantes dont les chercheurs ont retenu des parties de cellules pour fabriquer celle qu’ils ont développée.
Cette précision devrait nous interpeller : la complexité de la moindre cellule vivante, même la plus « simple », est totalement stupéfiante et ne peut en aucun cas être le fruit du hasard cher aux évolutionnistes. C’est tout un monde d’informations, d’échanges, de modifications, de réactions au milieu extérieur et de mécanismes de défense. On pourrait parler d’un petit univers inaccessible à l’analyse complète, par l’homme, et encore plus à la reconstitution par ce dernier.
Voyez la membrane, la simple enveloppe extérieure de la cellule vivante : elle est une pure merveille d’ingénierie. Non seulement elle protège tout le contenu de la cellule (lui-même d’une extraordinaire et incroyable complexité) de ce qui l’entoure, mais cette frontière est aussi une douane qui laisse entrer la nourriture dont la cellule a besoin, la protège des agressions extérieures et permet les rejets nécessaires à son nettoyage. Et tout cela à une échelle tellement microscopique que l’homme ne peut même pas l’imaginer, même si aujourd’hui il possède les outils pour en constater la beauté époustouflante et s’émerveiller devant l’intelligence qui, nécessairement, a été nécessaire pour créer tout cela.
Vie artificielle ? Pas vraiment…
On comprend vite que les scientifiques en question n’ont rien fabriqué eux-mêmes. C’est bien pour cela qu’ils ont dû utiliser, malgré tout, des éléments du vivant. Chaque élément qu’ils ont utilisé, pour fabriquer leurs cellules synthétiques est déjà en soi-même si riche qu’il leur était impossible de s’en passer, même s’ils ont ensuite procédé à des modifications et à des stimuli.
Ont-ils créé la vie ? Eux-mêmes s’en défendent, mais dans une certaine mesure seulement, en laissant planer un certain doute. Après tout, c’est un très vieux rêve des scientifiques qui veulent jouer à Dieu : fabriquer la vie, la maîtriser à la source, la dominer dans son propre cycle et dans sa reproduction. Pourtant, il faut être clair : quoi qu’ils aient réussi, il ne s’agit pas de la fabrication de la vie, mais fondamentalement de sa manipulation. Que s’y ajoute l’orgueil du chercheur pour affirmer une réussite inouïe n’a finalement rien d’étonnant.
Il ne s’agit pas de la première cellule synthétique au monde, puisque d’autres ont été réalisées à ce jour, mais elle a la particularité, selon les chercheurs, de connaître un cycle de vie complet depuis la « naissance » jusqu’à la division cellulaire, permettant l’apparition de nouvelles cellules. SpudCell n’a pas toute la complexité d’une cellule vivante observée dans la nature. Il s’agit en quelque sorte d’une version simplifiée, mais comportant les composantes génétiques et structurelles minimales exigées pour les fonctions vitales.
SpudCell se nourrit, se développe et se réplique
Elle comporte 36 gènes, la plupart copiés sur la bactérie E. coli et d’autres sur des virus phages qui infectent les bactéries, avec l’ajout d’une protéine fluorescente permettant de rendre ces cellules visibles. Cette structure de départ très simple, obtenue au moyen d’une démarche inverse à celle utilisée jusqu’à présent pour créer la vie synthétique, où l’on simplifie des bactéries existantes.
Avec SpudCell, les chercheurs ont utilisé ce qui était nécessaire et suffisant pour lui permettre de copier son ADN et de se répliquer, mais de façon primitive et imparfaite, puisqu’il lui faut un stimulant extérieur et que le cycle s’arrête après environ cinq divisions. Kate Adamala, qui dirige l’équipe de chercheurs, a décidé de publier le projet en open source de manière à ce que d’autres scientifiques puissent participer au développement de SpudCell. L’objectif est d’aboutir à des divisions successives, jusqu’à ce que les cellules obtenues deviennent capables de se diviser indéfiniment.
Les chercheurs n’affirment pas avoir créé la vie en raison des imperfections évidentes des processus – Ainsi, une cellule de bactérie E. coli se divise au bout de 30 minutes, alors que les SpudCells ne le font qu’au bout de 12 heures, et encore, avec une assistance externe – mais en même temps, ils insistent pour dire que la vie n’a jamais été définie d’une manière qui mette tout le monde d’accord, et affirment que leurs cellules synthétiques agissent de manière comparable à celle des cellules vivantes.
Une cellule « animée » de vie artificielle… très limitée
« SpudCell fait preuve des comportements souvent utilisés pour distinguer le vivant de l’inanimé – elle se nourrit, grandit, réplique son génome, se divise et subit une sélection –, mais elle est pourtant bien plus simple que n’importe quelle cellule naturelle et a été assemblée, pièce par pièce, à la main », ont écrit les chercheurs du projet dans un communiqué.
Leur volonté, ont-ils expliqué, consiste à créer une forme de vie minimale dont on comprend pleinement les fonctions.
L’équipe de Kate Adamala revendique également avoir, d’une certaine manière, démontré l’évolution. Ainsi, l’équipe note que l’introduction d’une mutation bénéfique permettait aux cellules de mieux se comporter. Il s’agit donc bien de l’introduction délibérée d’une mutation et non de quelque chose de spontané. Mme Adamala ajoute : « Je pense que j’accepterai de parler de cellules vivantes dès lors qu’elles se répliqueraient indéfiniment et qu’elles se montreraient capables d’évolutions darwiniennes. » A la tentation prométhéenne s’ajoute ainsi l’idéologie évolutionniste… Bien sûr, les chercheurs assurent que leur travail va permettre de comprendre le minimum requis pour la vie et la manière dont celle-ci pourrait surgir à partir d’éléments chimiques.
SpudCell, en marche vers l’ingénierie du vivant
Quant à la tentation prométhéenne, Kate Adamala la dévoile ainsi : « Elle n’est pas aussi robuste, aussi rapide ou aussi performante dans la plupart de ses fonctions qu’une cellule naturelle, mais elle constitue une preuve de principe démontrant que des molécules peuvent reproduire des comportements que nous n’associions jusqu’à présent qu’aux cellules vivantes naturelles. Si nous voulons être capables d’ingénierie biologique, nous devons vraiment comprendre exactement le plan de construction, chacun de ses composants, afin de savoir ce que nous modifions. »
Ingénierie biologique : les mots sont lâchés. L’idée est bien de manipuler le vivant, et de rendre le processus accessible à un nombre croissant de chercheurs.
Voilà qui ne promet rien de bon.











