On découvre à l’occasion de la candidature de Sarah Wakefield, du Parti Vert britannique, à l’élection parlementaire partielle de Manchester le 18 juin prochain, que la demoiselle au teint vanille-fraise a des convictions plutôt extrêmes en matière de culpabilité des Blancs. Le « perfectionnisme », l’« attitude défensive » et le « sentiment d’urgence » seraient des exemples, pour ne pas dire des symptômes, de la culture de la suprématie blanche. Et pour combattre ce fléau, dont nous verrons plus loin d’autres signes inquiétants, Mademoiselle Wakefield propose de « décoloniser la nourriture ».
Elle a elle-même fondé une association pour l’alimentation durable et l’agriculture, Eating Better (« manger mieux »), et elle a profité de son récent congé maternité pour écrire un document de formation destiné aux activistes qui cherchent à contrer le pouvoir et l’héritage colonial dans le système alimentaire. C’est celui-ci qui vient d’être mis au jour.
L’objectif est de « décentrer le savoir occidental et de célébrer les savoirs des communautés indigènes, racialisées et marginalisées », afin de dévaloriser l’histoire blanche et d’introduire une approche décoloniale qui permette, dans le même temps, d’identifier les caractéristiques de la culture suprémaciste blanche.
La suprématie blanche dénoncée par les militants décoloniaux
Cela se lit comme un véritable pipotron. On y trouve 14 concepts, où figurent, outre ceux cités plus haut : l’individualisme, l’objectivité, l’idée qu’il y a une seule façon correcte de faire les choses, et la peur du conflit ouvert. La liste, attribuée à l’activiste décoloniale américaine Caroline J. Sumlin, comprend également le paternalisme, l’accaparement du pouvoir, le fait de penser en termes de « ou bien / ou bien », le droit au confort, la préférence de la quantité par rapport à la qualité, l’idée que le progrès est plus grand, et le culte du mot écrit.
On n’y peut rien, les Blancs sont comme ça. A leur égard, il n’y a pas de dénonciation de stéréotypes de race qui tiennent.
Sans doute en fait partie aussi la difficulté éprouvée par ceux qui sont forcément suprémacistes à comprendre des mots comme ceux-ci, qui pour être imprimés n’en sont pas moins décoloniaux :
« Décoloniser la nourriture, c’est repenser notre relation avec elle et avoir à son égard une approche plus équitable, plus connectée et plus holistique. C’est ce que l’on voit dans les mouvements de souveraineté alimentaire, territoriale, globaux et agroécologiques. Ils interrogent ce qui a été perdu et imaginent de nouveaux systèmes. La société civile peut apporter sa pierre en centrant les communautés marginalisées, en construisant de la solidarité à travers les cultures, en encastrant l’intersectionnalité. Cela permettrait de lancer un défi au pouvoir collectif et à l’héritage colonial dans le système alimentaire. »
Et si on parlait du perfectionnisme écolo ?
De l’intersectionnalité, il va en falloir, puisqu’on ne compte pas les cultures à travers le monde qui avalent sans scrupule de belles quantités de viande dont Eating Better cherche justement à réduire la consommation.
Quand on voit le site de l’association, et son équipe à forte majorité caucasienne, avec son engagement à faire advenir la « nécessaire transformation des habitudes alimentaires », sa liste de choses qu’il faut faire à l’exclusion des autres, ses films sur « l’urgence climatique », on finirait presque par croire que la suprématie blanche qui carbure (ce sont eux qui le disent) au perfectionnisme, au sentiment d’urgence, à la prétention à l’objectivité, à l’idée qu’il y a une seule façon correcte de faire les choses… existe bel et bien.
Mais là, on se doute qu’il ne s’agit pas de symptômes regrettables. Quand on est dans le camp du bien, tout est pardonné d’avance !











