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“Bébés sur mesure” de Blanche Streb

Bébés sur mesure Blanche Streb
 
« Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même. L’homme peut désormais intervenir sur sa nature, à la genèse de sa création : au stade embryonnaire ». Blanche Streb est docteur en pharmacie et directrice de la formation et de la recherche pour Alliance VITA. Avec Bébés sur mesure, elle explore, pour tous, ce qui se trame dans le secret des laboratoires où des bébés génétiquement modifiées sont déjà nés…
 
Une ligne rouge est sur le point d’être franchie. On nous promet « le monde des meilleurs » pour reprendre l’expression de l’auteur, mais ce n’est pas le meilleur des mondes – loin de là. Le credo des transhumanistes et leur Progrès progressiste ne doivent pas être imposés à l’humanité.
 

« Mais que vous servirait de fabriquer la vie même, si vous avez perdu le sens de la vie ? » Bernanos

 
Blanche Streb nous dit ce qui a été fait, ce qui se fait et ce qui pourrait se faire. L’homme a commencé à prendre la main sur son évolution, nous sommes peut-être « à l’aube d’une nouvelle ère de l’histoire humaine ». L’eugénisme se rapportait encore, il y a quelques décennies, aux heures sombres de notre histoire… il est passé sans problème apparent des nazis aux libéraux.
 
Car il s’agit bien d’eugénisme avec ces bébés sur mesure : les progrès de la science ont donné à l’homme à la fois le pouvoir de donner la vie « malgré » la nature, avec toute l’industrie liée à la FIV (fécondation in vitro), et celui de trier parmi ces vies, non seulement pour éliminer celles qui ne lui siéent pas, mais aussi pour sélectionner celles qu’ils préfèrent ou jugent « les meilleures ». « Le bébé sur mesure, c’est tout à la fois le bébé qu’on fabrique à tout prix et le bébé parfaitement normalisé selon des critères déterminés. »
 
Alors on nous dit que l’intention est intrinsèquement compassionnelle… mais cette volonté de contrôle a tout de la tentation prométhéenne, sans compter que la notion de profit bassement matérialiste n’y est pas étrangère. On prétend améliorer la santé alors qu’en réalité, on élimine les porteurs. Et on se dirige vers un élitisme totalitaire, alors qu’on n’a jamais autant parlé d’égalitarisme.
 

Bébés sur mesure : la nature serait aliénante…

 
Déjà, aujourd’hui, 1 enfant sur 32 n’est pas conçu par une relation sexuelle, mais par l’intermédiaire d’une technique d’assistance médicale à la procréation (AMP). Le désir d’enfant est devenu un droit à l’enfant. Des grandes banques de spermes aux catalogues de mères porteuses, on est déjà rendu loin – qu’importe qu’il faille créer en moyenne 18 embryons pour une seule naissance.
 
Et si le désir d’enfant se fait rejet ? Grâce aux diagnostics préimplantatoires (DPI) et prénataux (DPN), il est devenu aisé de choisir l’avortement. On nous assure en France que les grands sages veillent… sauf que l’éthique moderne, n’étant pas fondé sur des principes inaliénables, ne peut que s’adapter progressivement aux avancées techniques. La carte mondiale est déjà bien disparate : en France, le DPI est assuré seulement dans le cas de graves maladies héréditaires ; au Royaume-Uni, le strabisme fait partie des critères d’accès… Le glissement est inévitable.
 
Et puis l’on commence à présent à « travailler » sur ce qui n’est tout au plus qu’un projet parental – c’est le projet qui est sacré, pas l’objet. Blanche Streb fait écho de ces techniques testées en laboratoire pour empêcher une maladie grave, comme la FIV à trois parents où on utilise les ovocytes de deux femmes, méthode approuvée en Grande-Bretagne… Un bébé est ainsi créé à partir de l’ADN de trois personnes ! Transgression est déjà faite de la dualité homme/femme.
 
Des découvertes comme le vertigineux CRISPR-Cas9, « probablement l’une des découvertes les plus importantes de l’histoire des biotechnologies, voire du XXIe siècle », permettront assurément d’aller bien plus loin : ces « ciseaux moléculaires » seraient capables d’enlever ou de rajouter un ou plusieurs gènes à des gamètes ou à un embryon humain. Si, pour l’instant, il n’a été employé sur des embryons humains (non viables) que par une équipe chinoise, on peut se douter des suites potentielles. Les deux co-inventrices (française et américaine) ont d’ailleurs reçu, en 2015, le prestigieux Prix « Breakthrough 2015 in Life Sciences » créé par les fondateurs de Google et Facebook…(les GAFA toujours aux premières “loges”)
 

Personnes « génétiquement modifiées » versus « bébés sous la couette » (Blanche Streb)

 
Sous couvert de faux humanisme, on travaille ainsi à rompre les liens naturels. La sexualité a été dissociée de la procréation par la contraception, on dissocie d’ores et déjà la procréation de la filiation. On pourra même dissocier la femme des ovocytes et l’homme des spermatozoïdes comme l’a montré la technique futuriste de reprogrammation cellulaire du japonais Yamanaka…Un rêve de transgenre ! Exit l’altérité sexuelle !
 
Aujourd’hui, on envisage de toucher au génome humain, ce dont jusque-là, nous dit Blanche Streb, la communauté scientifique s’empêchait. Les enjeux éthiques sont immenses. C’est un « puits sans fond de dilemmes qui s’ouvre » pour reprendre ses mots. Où sont les frontières entre le soin, l’amélioration, et l’augmentation ?! Le transhumanisme est là, grand tentateur du monde moderne entré en guerre contre Dieu. « Je voulais trouver précisément qui avait le dernier mot, était-ce Dieu ou bien les chercheurs dans leur laboratoire ? » disait Robert G. Edwards, « inventeur » de la FIV (cité par l’auteur)
 
La nature serait aliénante, donc on se livre pieds et poings liés à la technique – totalitaire. Et il est à craindre que le futur ne soit pas tendre envers ceux qui refusent de souscrire à cet eugénisme moderne. Blanche Streb cite Lee Silver, professeur de biologie moléculaire à Princeton, qui en 1998, dans Remaking Eden, pointait « le danger de l’amélioration génétique » : l’humanité pourrait se trouver scindée en deux, entre les GenRich (ceux qui ont les moyens financiers d’améliorer leurs gènes) d’un côté et les « homo naturalis » qui conserveraient leurs gènes sauvages de l’autre…
 
Et puis c’est sans parler de toutes les conséquences sur les individus, qu’elles soient physiologiques (toutes les données ne sont évidemment pas maîtrisées) ou psychologiques. L’homme n’est pas déterminé uniquement par ses gènes, le monde de l’épigénétique renferme encore bien des mystères pour la recherche médicale aujourd’hui. Et puis, surtout, que reste-il de cette nécessaire « ouverture à l’imprévisible » dont parle le théologien américain, William F May, qui relève de l’humilité de la créature face à son Créateur… ? Blanche Streb pose à juste titre la question.
 
Clémentine Jallais
Bébés sur mesure: Le monde des meilleurs par Blanche Streb ; éditions Artège ; 276 pages