Les multiples difficultés de Jean-Claude Juncker

Jean Claude Juncker Difficultes Multiples
 
A la veille du prochain sommet européen, qui se tiendra les 18 et 19 décembre à Bruxelles, les difficultés auxquelles Jean-Claude Juncker doit faire face sont multiples – pour ne pas dire qu’elles se multiplient. LuxLeaks encore, oppositions à son plan d’investissement, tensions récurrentes et grandissantes avec le Premier ministre britannique David Cameron, rejet par la Grèce des austères volontés de Bruxelles, etc., de quelque côté que le président de la Commission européenne tourne ses regards, les embarras se présentent à lui.
 
Il y a bien sûr les difficultés personnelles. Comme LuxLeaks, auquel chaque jour semble devoir apporter son lot de révélations tonitruantes. Heureusement pour le président de la Commission européenne, il y a désormais un contre-feu, puisque un homme – un Français, semble-t-il – vient d’être mis en examen au Luxembourg pour être à l’origine des fuites qui ont amené au scandale LuxLeaks. Ancien employé du cabinet d’audit PwC Luxembourg, cet homme a été inculpé « des chefs de vol domestique, violation du secret professionnel, violation de secrets d’affaires, blanchiment et accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données », selon ce qu’indiquait vendredi dernier un communiqué du parquet de Luxembourg. Ça tombe bien…
 

Difficultés multiples et de tous ordres

 
Il y a, d’un autre côté, les difficultés inhérentes à sa fonction. A commencer par son fameux plan d’investissement, qui ne semble pas faire les délices de tout le monde, et notamment au Parlement européen. Le groupe des socialistes et démocrates vient ainsi de déposer devant les eurodéputés un document, intitulé « Examen annuel indépendant de la croissance », dans lequel il juge particulièrement insuffisant les 315 milliards avancés par Jean-Claude Juncker dans son plan d’investissement.
 
La Portugaise Maria Joao Rodrigues, vice-présidente du groupe, estime ainsi que l’Union européenne a réellement besoin d’un « New Deal », et ne peut se contenter d’un premier « pas dans la bonne direction », selon l’expression par laquelle elle qualifie le plan du président de la Commission. Pour cela, le document présenté par son groupe estime nécessaire de mettre en place, au-delà d’un certain nombre de réformes structurelles, un montant de mille milliards d’euros, soit plus du triple de ce qui est actuellement envisagé par Jean-Claude Juncker.
 
Nul doute que cette opposition directe au sein du Parlement européen risque d’avoir une incidence sur le sommet qui se tiendra à la fin de la semaine, et qui doit notamment étudier et se prononcer sur le plan d’investissement de la Commission européenne…
 

La « provocation » face à la Grèce

 
Troisième dossier délicat pour Jean-Claude Juncker : la Grèce, surtout depuis ses déclarations, jeudi soir, sur une chaine de télévision publique autrichienne. S’inquiétant de voir arriver des « forces extrêmes » au pouvoir en Grèce, le président de la Commission européenne avait lancé : « J’aimerais que la Grèce soit gouvernée par des gens qui aient un regard et un cœur pour les pauvres gens en Grèce – et ces pauvres gens sont nombreux –, mais aussi qui comprennent la nécessité des processus européens. (…) Ma préférence serait de revoir des visages familiers en janvier. »
 
La réaction a été un peu longue à venir, les Grecs n’étant sans doute pas familiers des chaines de télévision autrichiennes.
 
Quoi qu’il en soit, nombres de Grecs y ont vu une « provocation ». D’abord, parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à accuser, derrière leur gouvernement, les caciques de Bruxelles d’appauvrir leur pays. Alors voir l’un des principaux d’entre eux s’inquiéter des pauvres en Grèce relève au mieux de la farce, au pire d’une intolérable « provocation pour le pays », selon le mot de Panos Skourletis, porte-parole du parti de gauche Syriza, qui a également dénoncé, dans les propos de Jean-Claude Junker, une ingérence grossière dans le débat politique grec – à l’heure surtout où le pays s’apprête à aller aux urnes de façon anticipée, et dans une période où le peuple a une vision pour le moins délétère de l’organisation politique …
 

Jean-Claude Juncker face à David Cameron

 
Enfin, parmi les difficultés du président de la Commission, il y a l’épine britannique. Samedi, Jean-Claude Juncker a publié une tribune dans le quotidien The Guardian, dans laquelle il s’en prend à David Cameron, l’appelant à cesser de stigmatiser les travailleurs immigrés. Il y dénonce un Premier ministre britannique dont la politique actuelle consisterait à « taper sur les autres » par calcul politique : « Il faut cesser, en particulier au Royaume-Uni (…), cette pratique qui consiste à faire de la discrimination envers les autres pays juste parce que ça fait bien, chez soi, de taper sur les autres. »
 
On imagine que David Cameron a dû fortement apprécier de découvrir, dans un journal anglais, cette attaque du patron de la Commission européenne. Parce que, au-delà de la pression effectivement subie par le locataire du 10 Downing Street de la part de l’UKIP de Nigel Farage, il y a une réalité : celle qui voit les habitants du Royaume-Uni supporter de moins en moins non seulement l’immigration, mais aussi le joug européen.
 
Que cherche donc Jean-Claude Juncker ? A pousser les Britanniques hors de l’Europe ?
 
En tout état de cause, l’addition de ces dossiers délicats promet un sommet agité au président de la Commission européenne…