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Le communisme « ressemble beaucoup » au christianisme, affirme Vladimir Poutine

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Tant pis si le communisme a tué au bas mot 100 millions de personnes selon les estimations les plus modestes ; tant pis s’il a réduit d’autres centaines de millions d’êtres humains en esclavage, comme il sied un système « intrinsèquement pervers » que rien ne peut justifier. Le président russe Vladimir Poutine vient de participer à une émission commentée par rt.com, « proche du Kremlin » selon l’expression consacrée, où il affirme que le communisme « ressemble beaucoup » au christianisme et que son idéologie court en filigrane dans toute la Bible.
 
Une première remarque : le communisme marxiste-léniniste n’est pas une idéologie, ce n’est pas un système de pensée ou de valeurs, c’est une praxis qui justifie tout et son contraire pourvu que l’objectif de l’installation de la société sans classes et de la Révolution soit servi. C’est pourquoi le communisme est à l’opposé de la religion : il ne connaît ni vérité ni morale, ne vaut que ce qui sert le Parti.
 
Vladimir Poutine a également comparé la vénération réservée à la momie de Lénine, toujours exposée sur la Place Rouge, au culte des saints chrétiens.
 

Vladimir Poutine voit le fil conducteur du communisme dans l’Ecriture sainte

 
Il s’exprimait ainsi dans un entretien réalisé pour les besoins du documentaire Valaam, du nom d’un monastère orthodoxe que fréquente le président russe et dont des extraits ont été diffusés par la première chaîne de la télévision d’Etat.
 
« Je vais peut-être dire quelque chose qui va déplaire, mais c’est ainsi que je le vois : d’abord, la foi nous a toujours accompagnés, se renforçant chaque fois que notre pays, notre peuple ont traversé des temps difficiles. Il y eut ces années d’athéisme militant où des prêtres ont été éradiqués, des églises détruites, mais en même temps une nouvelle religion était créée. L’idéologie communiste est très semblable au christianisme en réalité : la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice – tout cela était exposé dans l’Ecriture sainte, tout y est. Quant au code du constructeur du communisme ? C’est une sublimation, ce n’est qu’un extrait très primitif de la Bible, on n’a rien inventé de nouveau », a-t-il dit.
 
Remarquez au passage la trilogie révolutionnaire, républicaine et maçonnique invoquée par Poutine pour caractériser le christianisme : liberté, égalité, fraternité. Il ne fait pas de doute que l’idéologie de 1789 a préparé le terrain à la Révolution d’octobre, et c’est – litote – une meilleure référence historique pour la comprendre que la foi chrétienne, le Décalogue et toute l’histoire du salut. On est là aux antipodes de la Révélation, qui nous dit la paternité divine est la source divine de toute autorité, qui ne fait pas de la liberté un absolu mais le fruit de la vérité, et qui respecte les hiérarchies naturelles et surnaturelles plutôt que de diviniser l’égalité.
 

Le communisme ressemble beaucoup au christianisme et le culte de Lénine à celui des saints…

 
A propos de Lénine, Poutine a déclaré : « Voyez, Lénine a été placé dans un mausolée. En quoi cela est-il différent des reliques des saints pour les chrétiens orthodoxes voire pour les chrétiens tout court ? Lorsqu’ils affirment qu’il n’y a par une telle tradition dans le christianisme, eh bien pourquoi… Allez donc jeter un œil à Athos, on trouve les reliques des saints là-bas, et nous avons des saintes reliques ici. »
 
Aussitôt, les paroles du président russe ont été relevés avec satisfaction par les membres du parti communiste russe qui y voient le point final à la controverse sur la présence de la momie de Lénine sur la Place Rouge, controverse déclenchée dès les premiers jours de la « Perestroïka » dans les années 1980 par ceux qui ne voulaient plus du culte de la plus haute figure de la révolution bolchevique. Le vice-président de la Douma, le communiste Ivan Melnikov, est cité par l’agence Interfax comme ayant réagi en ces termes : « Je crois que ces paroles du président arrondissent très efficacement et très raisonnablement les angles par rapport au thème du mausolée. »
 
Il a ajouté : « Les communistes et toutes les forces patriotiques de gauche [en Russie] comprennent que le communisme est aussi proche du christianisme que la forme de capitalisme qui existe aujourd’hui dans notre pays et dans notre économie est éloignée du christianisme. »
 
Au sens religieux, affirmer la proximité du communisme avec le christianisme est au mieux une ineptie. Reste la collusion entre le communisme soviétique et l’Eglise orthodoxe, selon une vieille tradition césaro-papiste de l’orthodoxie. Alex Newman du New American rappelle qu’ayant échoué dans son projet barbare d’anéantir le christianisme orthodoxe, l’URSS à travers sa police politique a essayé de le mettre à son service pour mieux le neutraliser.
 

Le communisme a su instrumentaliser le christianisme

 
Les responsables actuels de l’Eglise orthodoxe russe ont précisément des liens avec cette période. En 2009,Vladimir Mikhailovich Gundyaev, aujourd’hui métropolite mieux connu sous son nom religieux de Kirill ou Cyrille, est devenu le patriarche de Moscou et de toute la Russie – mais dans une vie antérieure il fut longtemps agent du KGB sous le nom de Drozdov (« Merle »), tout comme les deux autres candidats malheureux au poste qu’il allait occuper à la tête de l’église orthodoxe russe avaient eux aussi été membres du KGB.
 
En tant qu’agent, il n’était pas un simple indicateur comme il y en a eu des millions en Union soviétique : il était officier d’active de l’organisation, comme l’a souligné un ancien correspondant à Moscou, David Satter, dans Forbes Magazine en 2009. A l’instar de Poutine, lui aussi ancien du KGB, le patriarche Kirill n’a jamais présenté d’excuses aux son appartenance à cette organisation de police politique qui a tant de sang sur les mains.
 
Si l’orthodoxie est aujourd’hui à l’honneur en Russie, il n’en va pas de même pour d’autres dénominations chrétiennes, notamment les évangéliques ou les baptistes dont l’activité est étroitement surveillée et au moins partiellement interdite.
 

Vladimir Poutine salue le communisme comme la religion de la liberté, de l’égalité et de la fraternité

 
N’oublions pas, souligne Alex Newman, que Marx lui-même n’avait rien d’un chrétien. Souvent présenté comme athée, il a pourtant chanté la gloire de Lucifer dans certains de ses poèmes. Relire à ce sujet Marx et Satan du pasteur luthérien Richard Wurmbrand – torturé pendant 14 ans dans les geôles communistes roumaines : pour lui, « le communisme chrétien est une impossibilité utopique, un cauchemar d’exploitation. La théologie de la révolution est une absurdité patente, une contradiction dans les termes ».
 
Pourquoi Poutine se livre-t-il à cette caricature ? Ou pour être plus précis : à quoi sert-elle sinon à aboutir à un christianisme dénaturé ou à faire accepter l’idée que le communisme soit un bel idéal ?
 
Et – question plus importante peut-être les temps qui courent – qu’est-ce qui explique l’ascendant dont jouit Poutine parmi de nombreux conservateurs occidentaux anti-libéraux qui tombent dans son panneau dialectique ?
 

Jeanne Smits