Une Eglise a-t-elle le droit d’interdire le « mariage » gay ? La Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud se pose la question

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La Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud se penche actuellement sur le cas du licenciement d’un pasteur féminin de l’Eglise méthodiste, en 2010, au motif de ses « fiançailles » avec une autre femme. Ecclesia de Lange a été déboutée en première instance et lors de ses divers appels : au nom de la liberté religieuse, le droit des Méthodistes de choisir leurs pasteurs comme ils l’entendent a été reconnu par diverses cours. Mais l’issue du procès devant la plus haute juridiction reste incertaine : les auditions – qui viennent de s’achever – ont été marquées par une demande d’information de la part des juges quant à l’existence, ou non, de l’interdiction du « mariage » des couples de même sexe par l’Eglise méthodiste. Cette demande semble indiquer que la Cour envisage de donner suite au pourvoi de Mme de Lange et donc de s’arroger le droit de se prononcer sur le droit d’une institution religieuse en la matière.
 
De fait, c’est Ecclesia de Lange qui a soulevé cette question de la « doctrine » des Méthodistes pour arguer de son bon droit. Ses conseils avancent que l’Eglise méthodiste débat de cela depuis dix ans et exigent qu’elle présente une preuve formelle de l’interdiction. La Cour constitutionnelle est manifestement disposée à entrer dans ce type de raisonnement.
 

L’Eglise méthodiste sommée d’apporter la preuve qu’elle interdit le « mariage » gay

 
Il s’agit là d’un glissement absurde, et pour deux raisons. La première est que le mariage est défini depuis des temps immémoriaux comme l’union d’un homme et d’une femme : prétendre que « qui ne dit mot consent » à la proposition qui contredit radicalement cette vérité est déjà illogique. La deuxième – soulevée par les avocats de l’Eglise méthodiste – se borne à constater la réalité de sa pratique : cette Eglise n’a jamais célébré ni béni des « mariages » homosexuels. C’est une preuve de fait, soulignent-ils.
 
A quoi s’ajoute le fait que l’Eglise méthodiste ne permet pas à ses pasteurs de contracter un simple mariage civil, sous peine de renvoi. Ils doivent s’unir « sous les auspices de l’Eglise » et celle-ci n’a jamais permis à des pasteurs ni de se « marier   avec un partenaire du même sexe ni de « marier » des couples homosexuels.
 
Vu le contexte, l’affaire est importante. Certes la Cour veut donner l’impression qu’elle se conforme aux règles internes de l’Eglise en question et qu’elle les respectera, mais dans le même temps elle se montre prête à définir ces règles selon ses propres critères, envers et contre les assertions de l’Eglise méthodiste qui est bien placée pour affirmer ce qu’elle croit et enseigne.
 

La Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud prête à vérifier l’interdiction du « mariage » gay par les Eglises chrétiennes

 
Ainsi une Eglise chrétienne risque-t-elle de se voir imposer une pratique qu’elle rejette et interdit par une juridiction de tout premier plan, et qui a toute sa place dans le concert des nations puisque l’Afrique du Sud est un pays démocratique respectable. On sait trop le caractère mondial des avancées de la culture de mort pour ne pas comprendre les répercussions globales qu’une telle situation peut avoir.
 
Ecclesia de Lange bénéficie du soutien des grands médias sud-africains qui la présente telle un David se battant contre un Goliath contemporain : « le pouvoir d’une institution religieuse historiquement établie ». Ce n’est pas tout à fait exact : la jeune femme a reçu le renfort d’associations homosexualistes mais aussi de la Commission des droits de l’homme et de la Commission pour l’égalité de genre qui, en Afrique du Sud – comme ailleurs sous d’autres noms – se chargent officiellement de faire avancer les « droits LGBT ».
 
La question de la liberté religieuse est totalement absente des médias, quant à elle.
 
Ce sont pourtant les droits des chrétiens qui sont directement menacés. Certes, l’Eglise méthodiste est une institution protestante, avec des pasteurs femmes, bien éloignée de la foi catholique, mais elle baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et dans la mesure où ses adeptes sont baptisés, leurs mariages religieux sont sacramentels.
 
Que ce soit du point de vue chrétien ou simplement humain, d’ailleurs – celui de la loi naturelle – l’affaire intéresse tout homme de bonne volonté. Car comme le dit le groupe Freedom of Religion South Africa, si la Cour constitutionnelle décide d’examiner l’appel de Mme de Lange, en s’autorisant de juger des pratiques internes d’une Eglise, elle « dictera ce que l’Eglise (et, par conséquent, ses membres) peuvent ou ne peuvent pas croire, ce qu’elle sera autorisée à prêcher et ce qu’elle n’aura pas le droit de prêcher ; ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, obligeant l’Eglise (aussi bien ses pasteurs que ses membres) à agir contre sa conscience, sa religion et ce qu’elle croit ».
 

Anne Dolhein