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Les migrants dopent le taux de fécondité de l’Allemagne

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Le triste hiver démographique des pays européens, l’Allemagne le connaît bien… n’ayant pas vu son taux de fécondité franchir 1,50 enfants par femme depuis 1975. Mais aujourd’hui, elle crie presque victoire : depuis plusieurs années consécutives, ce même indice augmente et 2016 a même été un record. Dix ans que la plus grande économie d’Europe fait tout pour contrer le vieillissement de sa population, avec une politique nataliste renforcée, des incitations gouvernementales coûteuses. En verrait-elle les premiers fruits ?
 
Elle voit surtout, en preuves bien vivantes et remuantes, les résultats de sa politique migratoire : l’indice de fécondité de ses migrants est 50 % supérieur au sien propre – en toute logique – et c’est surtout grâce à lui que l’embellie est apparue.
 

Un nombre de bébés record en 2016

 
C’est un fait, selon l’agence de statistiques fédérale Destatis, 792 131 bébés sont nés en Allemagne en 2016, soit une hausse de 7 % par rapport à l’année précédente. Le taux de natalité du pays le plus vieux d’Europe est donc passé de 1,50 à 1,59 enfant par femme, soit son taux plus élevé depuis 1973 ! Avec ce chiffre, il rejoint ainsi la moyenne du continent européen situé à 1,60 et continue une croissance notable débutée en 2007.
 
Si l’on ne peut que se réjouir d’une telle nouvelle, quoique ce chiffre n’atteigne toujours pas le taux de renouvellement des générations situé à 2,1 enfants par femme, il faut creuser plus avant.
 
Beaucoup mettent en avant la politique nataliste mise en œuvre par l’Allemagne, depuis la fin du gouvernement Schröder. Le pays bénéficie en effet d’un certain nombre de mesures destinées à revigorer son indice de fécondité, mesures qui lui coûtent d’ailleurs relativement cher (55,4 milliards d’euros annuels) : allocations familiales, congés maternité et paternité, développement des places de crèche etc… Ce qui fait que les femmes âgées de 30 à 37 ans, qui avaient moins d’enfants quand elles étaient plus jeunes, rattrapent maintenant leur retard en raison des conditions économiques favorables et des incitations familiales – parfait !
 
Il s’en est trouvé quand même quelques-uns pour souligner le rôle majeur et évident des populations immigrées – à commencer par l’Office des statistiques lui-même.
 

+25 % pour les naissances chez les femmes étrangères

 
A y regarder de plus près, si les naissances chez les citoyens allemands ont augmenté de 3%, arrivant à 607 500 bébés, cette hausse a été largement dépassée par celle des naissances des étrangers, atteignant 25 %, soit 184 660 nourrissons.
 
« Le nombre de femmes originaires de pays ayant un taux de natalité traditionnellement élevé a augmenté », a indiqué le bureau des statistiques. Le nombre de bébés syriens a presque quadruplé pour atteindre 18 500, celui des bébés irakiens a doublé (5 500) et celui des bébés afghans a triplé (5 900).
Ainsi, le taux de fécondité des mères allemandes a certes gentiment augmenté, passant de 1,42 en 2014, à 1,43 en 2015, puis à 1,46 en 2016. Mais l’évolution est minime comparée à celle du taux de fécondité des femmes étrangères, qui se situait à 1,86 en 2014, 1,95 en 2015, pour atteindre 2,28 en 2016…
 
Les taux de fécondité des femmes étrangères est donc supérieure de plus de 50 % à celui des femmes allemandes ! Sans compter qu’on prend en compte dans ce dernier groupe une certaine part de populations immigrées naturalisées qui ont gardé leur us et coutumes de familles nombreuses. En somme, la croissance ne concerne pas vraiment la population allemande européenne.
 

Les centaines de milliers de migrants en Allemagne

 
Difficile de s’étonner. Depuis le 1er janvier 2015, début de la crise migratoire, plus d’un million de personnes sont arrivées en Allemagne, dont beaucoup sont originaires des zones de conflit au Moyen-Orient, comme la Syrie et l’Irak. Toutes ne sont pas restées – il en reste aujourd’hui officiellement 400.000 personnes, venues d’Europe centrale, du Maghreb, d’Afrique ou d’Asie. Mais la situation a clairement provoqué, elle a été décrite comme telle, « un changement démographique ».
 
Et puis il y a toujours 700 000 à un million de migrants massés en Libye, plus que jamais désireux de rejoindre l’Europe. L’arrêt de cette situation de vase communicant (la décroissance démographique de la riche et décadente Europe attirant la croissance démographique des pays en développement pauvres) n’est pas pour demain.
 

Le prix à payer de la croissance du taux de fécondité

 
L’agence Destatis ne se réjouit pas pour autant de la situation. Car la mécanique du modèle allemand est telle que « malgré » la hausse des naissances et de l’immigration, les experts estiment toujours que la population en âge de travailler en Allemagne, dont les cotisations de retraite soutiennent le nombre croissant de retraités, devrait diminuer au cours de la prochaine décennie : le ratio était à trois contre un en 2015, il devrait atteindre deux pour un en 2060.
 
La banque centrale, la Bundesbank, a averti l’année dernière que la croissance économique pourrait commencer à s’affaiblir dès le milieu de la prochaine décennie. Sans compter que l’immigration a aussi un coût – l’économiste allemand Eike Hamer parlait pour les réfugiés de 50 à plus de 100 milliards d’euros annuels.
 
Alors, oui, la courbe de l’indice de fécondité allemand remonte timidement vers le haut – l’INED table sur 1,6 environ pour 2020. Mais à ce rythme de croissance, il faudra attendre 2032 pour atteindre le seuil du renouvellement des générations – et au prix d’un renouvellement certain de la population.
 

Clémentine Jallais