L’Union européenne s’apprête à accorder la dispense de visas à la Turquie

Union européenne dispense visas Turquie

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker passe la main dans le dos du président turc Recep Tayyip Erdogan.


 
Selon plusieurs sources européennes, dont certains membres (anonymes, c’est toujours plus facile) des institutions bruxelloises, la Commission européenne devrait déclarer mercredi que la Turquie satisfait aux critères fixés par l’Union européenne pour accorder l’exemption des visas à ses ressortissants. Une dispense dont d’aucuns murmurent qu’elle tombe à point nommé pour caresser la Turquie dans le sens du poil à l’heure où Ankara est considérée comme l’élément principal du processus de régulation de l’actuelle crise migratoire.
 
De fait, en accédant à cette demande turque, Bruxelles se met en mesure d’honorer l’une des promesses faites à Ankara lors de la conclusion de l’accord du 18 mars sur la crise migratoire.
 

Bruxelles va accorder la dispense de visas à la Turquie

 
Face aux inquiétudes et aux critiques que ce projet a provoqué chez un certain nombre de ses Etats-membres, l’Union européenne a cherché à les rassurer en assurant ne pas avoir abandonné ou abaissé certains de ses critères. Ce serait, au contraire, la Turquie qui aurait pris les dispositions nécessaires pour y satisfaire.
 
De fait, le Parlement turc a promis de voter ce lundi une série de mesures destinées à satisfaire aux exigences européennes. Mais il semble que cela ne permette pas de préjuger des résultats comme le fait Bruxelles, alors que, il n’y a pas quinze jours, elle assurait que la Turquie ne respectait pas la moitié des 72 critères techniques et légaux dont la pratique effective est censée être nécessaire à cette levée des visas.
 
Malgré l’impossibilité de justifier de ce respect, malgré les oppositions nombreuses formulées par divers pays, les institutions bruxelloises ne manqueront pas de recommander aux gouvernements des Etats-membres d’approuver leur décision d’ici la fin du mois de juin, comme il a été prévu.
 
Plusieurs pays comme l’Allemagne, la France ou les Pays-Bas, où l’opinion publique est, le temps passant, de plus en plus, hostile à cette libéralisation des visas pour les Turcs, affirment qu’ils examineront de près les mesures annoncées par Ankara.
 

L’Union européenne ne se soucie guère des siens

 
« Il n’y aura pas de ristourne au nom des réfugiés », assure Manfred Weber, l’un des responsables de l’Union chrétienne-sociale, mouvement bavarois conservateur. « Nous regarderons la tête froide, au Parlement, si la Turquie a bel et bien rempli les conditions. »
 
Chez nous, François Hollande va répétant depuis des mois qu’il ne fera « aucune concession » à la Turquie « en matière de droits de l’homme ou de critères de libéralisation des visas ». La chute continuelle de sa popularité dans les sondages montre le crédit que nos compatriotes accordent à ces propos !
 
On ne voit d’ailleurs pas, pour ne citer qu’un exemple, comment la Turquie pourra garantir un accès sans discrimination au territoire turc à tous les ressortissants des pays membres de l’Union européenne, puisqu’elle ne reconnaît toujours pas officiellement Chypre…
 
Pout tempérer cette question des visas, Paris et Berlin ont notamment proposé d’introduire un mécanisme permettant de suspendre l’exemption de visas pendant six mois pour n’importe quel pays en cas d’afflux soudain et important de demandes d’asile, qui, en quelque sorte, viendrait s’opposer au ralentissement du flux migratoire actuel.
 

Poudre aux yeux

 
Si Bruxelles a fait grise mine, l’ambassadeur de la Turquie auprès de l’Union européenne, Selim Yenel, a en revanche jugé qu’Ankara pourrait s’en accommoder, pourvu que son pays ne soit pas stigmatisé. « Apparemment, la proposition franco-allemande vise à apaiser les craintes de certains pays et cela facilitera peut-être l’adhésion de plusieurs Etats membres, a-t-il affirmé. Nous ne sommes pas inquiets par ces propositions même si nous estimons que les garanties actuelles sont suffisantes. »
 
On ne saurait mieux dire que cette mesure ne sera que de la poudre aux yeux, destinée à calmer quelques excités !
 
Car il est bien évident que, en l’état actuel d’un accord qui la lie bien plus que la Turquie, l’Union européenne ne peut pas dire « non » à Ankara sur cette question. Elle ne peut pas même la reporter sans risque.
 
Et cela, pour elle, vaut sans doute tous les critères, et les conséquences que leur non-respect pourrait provoquer…
 

François le Luc