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Gerhard Höver, nouveau membre de l’Académie pontificale pour la vie, remet en cause l’idée de qualifier des actes d’« intrinsèquement mauvais »

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Les mots « intrinsèquement mauvais  » par lesquels l’Eglise catholique qualifie des actes qui sont toujours et partout mauvais et immoraux, indépendamment de l’intention des circonstances, sont « trop restrictifs », selon un nouveau membre de l’académie pontificale pour la vie. Cette institution profondément remaniée par le pape François et placée sous l’autorité d’un nouveau grand chancelier, Mgr Vincenzo Paglia, vient de mettre en ligne un article de Gerhard Höver, un Allemand spécialiste de théologie morale, qui appelle à relativiser cette notion traditionnelle dans l’Eglise.
 
Gerhard Höver estime que les mots « intrinsèquement mauvais  » ne permettent pas de prendre en compte la complexité des différentes situations. Il s’appuie à la fois sur l’exhortation post-synodale Amoris laetitia et sur le principe du pape François selon lequel « le temps est plus grand que l’espace » (on le trouve affirmé dans Evangelii Gaudium) pour avancer que des changements de perception liés « notamment à l’espace et au temps » ont « des répercussions sur des théologies spécifiques, telle la vision théologique du mariage de la famille  ».
 

Une révolution par rapport à l’enseignement traditionnel de l’Eglise : ne plus qualifier des actes d’« intrinsèquement mauvais »

 
Edward Pentin du New Catholic Register analyse les propos de ce professeur de théologie morale à l’université de Bonn qui prétend prendre appui sur des textes choisis de saint Bonaventure, de Joseph Ratzinger et de Benoît XVI pour justifier l’idée d’Amoris laetitia selon laquelle il ne faut pas penser que tout est « blanc et noir », ce qui conduirait à la fermeture du « chemin de la grâce et de la croissance ».
 
Pour Höver, l’idée que le temps est plus grand que l’espace renvoie à une interaction entre les sphères éternelles et temporelles, ce qui aurait une « signification morale-théologique » qui « affecte l’enseignement antérieur sur les « actes intrinsèquement mauvais ».
 
Fort de ce charabia, il poursuit : « Ce n’est pas sans raison que ce d’aucuns ont demandé une clarification supplémentaire sur ce point », en référence au deuxième des cinq Dubia des cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meissner demandant s’il faut considérer comme toujours valide « l’existence de normes morales absolues qui interdisent des actes intrinsèquement mauvais et qui lient sans exception ».
 
Sa réponse – à laquelle il associe explicitement le pape François – est négative.
 

« Une certaine “régularité” à l’intérieur de situations “irrégulières” »

 
Le Pr Höver répond en effet que le terme « intrinsèquement mauvais » est trop restrictif puisqu’il ne rend pas compte d’une certaine « régularité  » à l’intérieur de situations « irrégulières », situations que l’on pourrait admettre en adhérant au principe selon lequel « le temps est plus grand que l’espace ». « Si un seul élément est défectueux, la conséquence est le caractère “mauvais” et (en ce sens) également “l’irrégularité” », pose-t-il. « Il semble que des raisons théologiques conduisent le pape François à refuser de continuer d’accepter cette restriction. Cela ne contredit en rien la nécessité d’appeler les oppositions et les irrégularités par leur nom, surtout dans des cas d’injustice et de manque d’équité à l’égard d’autres personnes. Mais le pape considère que le chemin pris jusqu’à présent n’est pas à même de faire face à la différence et à la complexité des situations où se trouvent ou vivent les personnes », analyse ce théologien.
 
Edward Pentin cite un théologien moral qui a bien voulu commenter cette prise de position sous condition d’anonymat : il a exprimé son « étonnement », notamment à l’égard des « citations exhumées de la thèse de doctorat de Joseph Ratzinger sur saint Bonaventure où il n’est nulle part question du mal intrinsèque ».
 

Gerhard Höver prétend que Joseph Ratzinger mettait en cause l’idée d’actes intrinsèquement mauvais

 
Veritatis splendor n’est évidemment pas cité : cette encyclique disait de manière lumineuse l’enseignement moral de l’Eglise que ce professeur conteste aujourd’hui. Même si la thèse de Höver était correcte, ce que l’interlocuteur de Pentin ne croit pas, « il place la philosophie au-dessus de l’enseignement clair du Christ, de saint Paul, de saint Pierre et de l’ensemble de la tradition morale de l’Eglise, dont Ratzinger lui-même n’est pas le moindre tenant, lui qui reconnaît l’existence du mal intrinsèque ».
 
Sans doute les théologiens ont-ils toujours exprimé des positions contestables au cours de leurs recherches mais la nouveauté réside dans la publication de cette thèse du Pr Höver sur le site d’une institution vouée par ses créateurs à la défense et à la diffusion de l’enseignement de l’Eglise sur la vie et la famille.
 

L’Académie pontificale pour la vie publie le texte clairement hétérodoxe de Gerhard Höver

 
Un porte-parole de Mgr Paglia a répondu aux questions de Pentin au sujet de cette publication en indiquant que la position de Höver « ne correspond pas nécessairement à celle de l’Académie » et qu’il est normal que celle-ci publie les abstracts des travaux publiés de ses membres, avec des liens vers leur version complète. En cas d’adhésion de l’Académie au contenu de leurs publications, elle le « fait savoir », a-t-il ajouté.
 
Jusqu’au remaniement de l’Académie pontificale pour la vie, tous ses membres étaient tenus de signer une déclaration de fidélité aux enseignements de l’Eglise sur le respect de la vie, rappelle Edward Pentin. Cette exigence a disparu, même si Mgr Paglia a déclaré l’an dernier au National Catholic Register que les nouveaux statuts demandent « un engagement plus fort » de la part des membres qui doivent « promouvoir et défendre les principes de la valeur de la vie et de la dignité de la personne, interprétés conformément au magistère de l’Eglise ».
 
Cela n’a pas empêché Mgr Paglia de recruter le Pr Höver, mais aussi le P. Maurizio Chiodi qui a justifié le mois dernier le recours à la contraception dans certains cas, ainsi que le père jésuite Alain Thomasset qui n’est pas non plus favorable à l’expression « acte intrinsèquement mauvais ».
 

Jeanne Smits