Immigration : Angela Merkel veut couper l’herbe sous le pied des populistes par l’interdiction du voile intégral

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La chancelière allemande Angela Merkel à côté du ministre de l’Intérieur de Mecklembourg-Poméranie occidentale Lorenz Caffier (droite) et le candidat de la CDU Christian Democratic, lors d’un meeting de campagne à Bad Doberan (est), le 3 septembre 2016.


 
Angela Merkel est en mode campagne. Elle vient de faire des déclarations d’apparence très ferme contre l’immigration et le multiculturalisme, en assurant qu’on ne verrait plus comme en 2015 des centaines de milliers de migrants affluer vers l’Allemagne, et que d’ailleurs, elle souhaite faire interdire niqab et burqa. Le voile intégral, pourtant si marginal, est devenu l’image de l’immigration musulmane… S’y opposer suffirait ainsi à régler le problème !
 
Candidate à sa propre succession comme chancelier de la République fédérale d’Allemagne, Angela Merkel est bien obligé de modifier son discours, tant elle est perçue comme directement responsable du tsunami migratoire qui a atteint un pic en 2015 mais qui est loin d’être tari. Mme Merkel a affirmé que l’Allemagne pouvait légitimement exiger des nouveaux arrivés qu’ils recherchent « l’intégration » en Allemagne, et qu’elle pouvait tout aussi légitimement bannir le voile intégral « là où c’est légalement possible » : toutes déclarations faite lors du congrès annuel de la CDU à Essen, l’union chrétienne-démocrate dont elle fait elle-même partie, et dont elle attend l’investiture officielle.
 

Où Angela Merkel redécouvre les inconvénients de l’immigration massive

 
A en croire l’ovation debout qui a salué son discours, Madame Merkel a réussi à convaincre avec force la majorité des 1001 délégués du parti présents à la rencontre : avec 11 minutes d’applaudissements ininterrompus, on peut même parler d’un triomphe. Preuve qu’en politique, les mémoires sont étonnamment courtes. Il faut croire que les politiques comptent sur le même défaut chez leurs électeurs. Pour autant, Angela Merkel n’a pas atteint une approbation record : avec 89,5 % de voix pour la maintenir à la présidence du CDU, elle se trouve paradoxalement un niveau relativement modeste pour une réélection – il s’agit même de son plus mauvais score depuis qu’elle est devenue chancelier.
 
Cela lui laisse tout de même une majorité écrasante, est très étonnante au vu des circonstances. Remarque d’un élu du Bade-Wurtemberg : « Elle a adopté un nouveau ton, elle a signalé qu’à l’avenir, les politiques d’asile et d’immigration seront plus strictes. »
 
Comment peuvent-ils la croire, ces politiques qui jouent eux aussi leur place, alors que c’est elle, personnellement, qui a demandé à l’Allemagne d’accueillir un nombre ahurissant de réfugiés et autres migrants fuyant la guerre, ou non, et qui ont pour caractéristique commune d’être majoritairement musulmans ? Poids du politiquement correct ? Sa fidélité au discours mondialiste est exemplaire, sans doute ses partisans y voient-ils une condition de leur propre survie politique…
 

Angela Merkel veut saper le discours des populistes en Allemagne

 
Angela Merkel recherche, elle l’a assez clairement exprimé, à contrer l’influence grandissante des mouvements de droite anti-islamique et notamment de l’AfD dont la popularité va croissant. « Ce sont rarement les réponses simples qui apportent le progrès à notre pays », a-t-elle déclaré, dans une allusion à peine voilée aux partis qui montent. Avec des intentions de vote qui selon les sondages atteignent désormais quelque 12 %, l’AfD a de sérieuses chances de faire son entrée à la Bundestag. Aux dernières élections, le mouvement n’avait pas réussi à atteindre le seuil de 5 % requis pour obtenir une représentation.
 
Mme Merkel met en avant la stabilité que représenterait sa réélection, en parlant beaucoup d’un monde incertain où le concours de nombreux pays est nécessaire pour arriver à prendre des décisions « pour le bien ».
 

L’interdiction du voile intégral ne changerait rien au tsunami migratoire

 
Ce changement de discours n’est qu’apparent. L’image du voile est essentiellement cela : une image, une sorte de mot-clé qui provoque des réactions pavloviennes : ayant rejeté toute idée d’interdiction l’an dernier, le CDU a accueilli avec des cris d’enthousiasme les propos de leur chef affirmant : « Ici, nous disons “montrez votre visage”. Et donc, le voile intégral n’est pas acceptable ici. »
 
Il y a quelques années déjà, Angela Merkel avait dénoncé le multiculturalisme – avant d’en faire l’éloge pour faire accepter le million de migrants très éloigné culturellement de l’Allemagne qui ont franchi ses frontières l’an dernier pour y prendre des places laissées vide par la dénatalité – sans pour autant constituer un apport quelconque à une force de travail qui lentement, s’étiole.
 
Voilà que Merkel revient à ce discours, mais c’est un discours, rien de plus. Il n’est pas question de renvoyer ce million de migrants chez eux.
 

Anne Dolhein