A partir de ce soir, le drapeau confédéré ne flottera plus sur la Caroline du Sud, aux États-Unis

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C’est acté : dans quelques heures, aux États-Unis, le drapeau confédéré sera officiellement retiré des jardins du Parlement local, à Columbia, la capitale de la Caroline du Sud. Cette dernière a approuvé, jeudi, le projet de loi du Sénat, consacrant un revirement étatique significatif. Le drapeau sudiste, utilisé à partir de 1863 par les États ayant fait sécession de l’Union deux ans auparavant, flottait sur son mat depuis cinq décennies, depuis les célébrations en 1961 du centenaire de la Guerre de Sécession. En 2000, des opposants avaient néanmoins déjà obtenu qu’il n’apparaisse plus sur le dôme de la résidence du gouverneur, ainsi que dans l’enceinte du Sénat et de la Chambre des Représentants.
 
La controverse est houleuse : certains pleurent de joie, tandis que d’autres se ruent sur les plaques d’immatriculation affichant le drapeau devenu maudit…
 

Treize heures de débat controversé

 
L’affaire couvait depuis des années, mais c’est la tuerie de Charleston, dans l’église épiscopale méthodiste africaine Emanuel, le mois dernier, qui a été le déclencheur final. Dylan Roof a tiré à bout portant sur neuf victimes, déclarant que les Noirs violaient les femmes blanches et prenaient le contrôle du pays. Les photos publiées par la suite le montraient arborant fièrement le drapeau confédéré et brûlant le drapeau américain… Il n’en fallait pas moins.
 
Et l’affaire a été jugée si importante que l’Assemblée générale de l’État, qui avait en théorie terminée sa session parlementaire le 4 juin, est revenue débattre de l’enlèvement du drapeau, au titre d’une résolution « sine die ». Elle n’était pourtant pas « dans le sac » : treize heures de débat controversé ont agité l’assemblée, selon Fox News, qui approuva in fine le projet de loi par 94 voix contre 20 et le fit promulguer dans la foulée par le gouverneur républicain Nikki Haley – sans doute n’était-il pas seulement question de racisme…
 

Le volte-face des Républicains : « un nouveau jour pour la Caroline du Sud »

 
« J’ai 44 ans. Jamais je n’aurais pensé voir ce moment. C’est très émouvant pour nous, pas seulement parce qu’on l’a enlevé, mais aussi à cause des raisons pour lesquelles on l’a fait », a confié le dirigeant de la minorité démocrate. Un autre a dénoncé, lui, un drapeau qui « rappelle des souvenirs horribles d’esclavage et est le symbole de la haine et du racisme ».
 
Du côté des Républicains, la volte-face est criante. Le gouverneur républicain, Nikki Haley, a opéré un revirement notoire, en menant la charge avec virulence : « Il est temps ! » a -t-elle plaidé… Le sénateur républicain Larry Martin, qui avait mené la guerre inverse pendant des années, a déclaré s’être rangé à cette conclusion décisive : le drapeau rebelle « a plus à voir avec ce qui se passait dans les années 1960, qu’avec ce qui se passait dans les années 1860 ».
 

Obama : « en descendant ce drapeau, nous exprimons la grâce de Dieu »

 
Obama a largement enfoncé le clou, quoiqu’il n’eut pas directement de pouvoir sur le sujet, en greffant sur ce drapeau un enjeu moral et même spirituel. Dans son éloge funèbre prononcé le 26 juin à Charleston, il a allié dans une même condamnation le drapeau confédéré et la violence armée. Ce serait un acte qui rappellerait aux Américains que « la cause pour laquelle ils se sont battus, la cause de l’esclavage, était une erreur ». Cette mise en berne définitive ferait de la terre américaine, un « monde meilleur » : « en descendant ce drapeau, nous exprimons la grâce de Dieu ».
 
Clairement, c’est l’aboutissement d’une volonté presque déclarée. Le Sénat a rejeté trois amendements dont le dernier était de soumettre le sort du drapeau à un vote populaire. En vain, le républicain Lee Bright a tenté d’imposer le vrai drapeau officiel de la Confédération, le « Stars and Bars » à étoiles et rayures. Non, non et non. L’auteur démocrate de la proposition de loi l’avait bien dit : le drapeau doit être retiré non pas à cause du massacre de Charleston, mais « parce que c’est la bonne décision à prendre ».
 

Tous contre le « tool of hate », l’« outil de haine »

 
La tuerie de Dylan Roof serait-elle un prétexte ? L’association est en tous les cas simpliste et facile à démonter. Beaucoup l’ont fait, qui n’étaient pas forcément du Sud, arguant que le drapeau ne doit pas être diabolisé simplement parce qu’il a été le choix symbolique de quelques personnes aux entreprises criminelles. Il est avant tout un symbole qui célèbre les droits des États et honore la vie de ceux qui sont morts dans la bataille – seront-ce les prochains diabolisés ?
 
Sans doute, des groupes comme la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) ou le Ku Klux Klan ont tenté d’y accoler ce qu’ils voulaient y voir : le racisme. Mais le retirer de la sphère publique, c’est leur donner raison… Et puis « c’est une erreur d’assimiler la suppression d’un symbole, avec la suppression du mal qu’il est venu à symboliser », suggérait une personnalité de la télévision américaine. Va-t-on à présent se tourner vers les monuments de la guerre civile, pour en effacer toute la mémoire, toute l’histoire ?! Faut-il tout réviser ?!
 

Créer le lien entre Charleston et le drapeau confédéré

 
Rappelons, justement, que le « racisme » ne fut pas la grande cause morale de cette Guerre de Sécession qui déchira les États-Unis. L’esclavagisme était, certes, la donnée impondérable, mais avant tout, par son aspect financier et économique, bien avant son aspect moral – en tant que pilier de l’économie sudiste, à travers la culture du coton (les forces européennes et surtout leurs banquiers – les Rothschild – avaient tout intérêt à diviser cette jeune nation montante des États-Unis dont ils voulaient à tout prix contrôler l’économie et surtout la dette…)
 
Retirer le drapeau confédéré au nom du racisme, c’est donc signer une certaine version de l’histoire, déformée. D’aucuns ont vu un ciblage politique dans cette manière de diaboliser le Sud, « fief électoral républicain » depuis des années. Surtout, l’on peut y voir caractérisée la volonté de rabotage des particularismes, de ce qui porte une mémoire et une tradition historiques définies. Dans son discours, Obama a fortement insisté en parlant des États-Unis, sur le mot « Unis ». Plus qu’une unification, c’est une fusion idéologique vers laquelle il veut avancer – et pour cela, la défense des minorités est paradoxalement précieuse.
 

Clémentine Jallais