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Avec Caritas, le pape François et le cardinal Taglé lancent une nouvelle campagne d’ouverture aux migrants

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Mercredi, le pape François a donné le coup d’envoi à une nouvelle initiative pour l’accueil des migrants avec Caritas Internationalis : la campagne « Share the journey » (faisons route ensemble) vise à promouvoir non pas l’assimilation de migrants accueillis en nombre raisonnable mais la promotion de leur culture qui passe par « la rencontre » dans les communautés d’origine, d’accueil ou de transit. Par la même occasion, le cardinal Luis Taglé des Philippines a présenté la campagne lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a déclaré : « Nous sommes tous des migrants, personne ne peut prétendre ne pas être un migrant qui occupe et possède le lieu où il est. »
 
Voilà une phrase qui mériterait une longue analyse, tant elle diverge de la notion traditionnelle d’enracinement et de patrie. Sommes-nous tous des migrants ? Oui, si notre vraie patrie est le Ciel et que nous sommes en chemin vers ce lieu de bonheur éternel. Mais cela n’empêche pas, sur le plan temporel, l’attachement à la terre d’origine dont nous sommes les héritiers – plutôt que les possesseurs -, chose si importante que le Quatrième commandement ordonne d’honorer père et mère, et tout l’être qui nous transmettent.
 

Le pape François veut qu’on embrasse les migrants à cause de leur « espérance »

 
« N’ayez pas peur ! », a répété à plusieurs reprises le pape François au cours de l’audience du mercredi où il a salué aussi bien la campagne de Caritas que les pauvres en mouvement : « L’espérance est ce qui pousse ceux qui quittent leur maison, leur terre, parfois leur famille et leurs parents, pour chercher une vie meilleure. » Et de s’appuyer sur les beaux textes de Charles Péguy… qui parlent d’autre chose.
 
Car il s’agit ici d’espoirs humains, de besoins humains, de lois humaines faites pour protéger le bien commun de chaque pays, de chaque nation. L’espérance vise l’au-delà, et l’accomplissement de la volonté divine. Jeanne si chère à Péguy ne quitte pas Domrémy « pour chercher une vie meilleure », mais pour rendre à sa chère patrie charnelle sa souveraineté, pour la libérer de l’étranger. Qu’on y pense…
 

Caritas et le cardinal Taglé lancent une campagne : “Share the journey”

 
La campagne « Share the Journey » adopte pleinement le langage du temps. Le pape François le manie à merveille : « Je souhaite la bienvenue aux migrants, aux demandeurs d’asile et aux réfugiés qui, avec les agents de la Caritas Italiana et d’autres organisations catholiques, sont signes d’une Eglise qui cherche à être ouverte, inclusive, accueillante. » Il a demandé que tous « accueillent nos frères et sœur migrants et réfugiés avec les bras, avec les bras bien ouverts ». Et joignant le geste à la parole : « Les accueillir ainsi, les bras bien ouverts. Quand ces bras sont ouverts, ils sont prêts à embrasser de manière sincère et affectueuse, enveloppante, un peu comme cette colonnade sur la place, que représente la Mère Eglise qui embrasse chacun en partageant le chemin commun. »
 
Oui, le pape a eu de belles paroles sur l’espérance des pauvres et sur le danger d’avoir « le ventre plein » : « Pour entrer dans le monde, Dieu a eu besoin d’eux, de Joseph et de Marie, des pasteurs de Bethléem. » Mais une fois de plus, il a fait trois pas en avant (en attendant des propos plus prudents à une prochaine occasion) pour réclamer un accueil plénier, mis en place comme un projet politique contraignant et non comme un devoir individuel de charité à l’égard de ceux dont nous croisons le chemin.
 

Ouverture et l’inclusion : l’Eglise horizontale de l’accueil de l’autre

 
Le cardinal Taglé, lors de sa conférence de presse au Vatican, a tenu un même langage iréniste. « Si un homme politique a le souci de son pays », a-t-il lancé, alors il doit se réjouir des nouvelles arrivées. Le cardinal verrait bien les dirigeants politiques multiplier les rencontres personnelles avec les migrants : « Si une personne est respectée et que sa créativité est développée, elle n’interviendra pas une menace. »
 
Deux questions se posent pourtant. Comment espérer un avenir digne pour des migrants dont le nombre se compte en centaines de milliers et dont les difficultés d’intégration sont d’autant plus grandes que leur culture et leur religion ne correspondent pas à celles de leur pays d’arrivée ? Poser cette question est déjà considéré comme une attitude de rejet… Et : les sociétés d’accueil doivent-elles être considérées comme responsable de l’absence de respect et de développement de la créativité ? C’est ce que l’on comprend en creux à travers cet appel à l’accueil sans conditions, fondée sur les émotions, le serrement de mains, l’empathie. Une utopie sentimentale au service d’un détricotage des identités.
 

Jeanne Smits