La Liste de Foch : Les 42 Généraux morts au champ d’honneur,
Laurent Guillemot

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La Liste de Foch : Les 42 Généraux morts au champ d’honneur,
Laurent Guillemot ; éditions de Fallois ; 448 p.


 

« C’est bien connu, les chefs sont à l’arrière… ! » Laurent Guillemot l’a trop entendue, cette ritournelle, et l’idée – et l’envie – lui est venue de rendre un hommage mérité à ceux dont le sacrifice ne doit pas être ignoré parce qu’il serait un plus grand devoir… Son premier (et beau) livre, « Génération champ d’honneur », faisait la part belle à de simples soldats d’un petit village de la Creuse, son dernier né s’attache à la fameuse liste de Foch, celle des 42 Généraux morts au champ d’honneur.
 
« Des étoiles dans la boue. Les généraux aussi se faisaient tirer dans les tranchées », dit sa belle dédicace.
 

Le cliché des « planqués à l’arrière » et des « sacrifiés devant » (Laurent Guillemot)

 
« Il y a ici et là des esprits polémistes, voire antimilitaristes, qui s’autorisent à juger la lâcheté des généraux, confortablement installés à l’abri des bombardements, dans leur poste de commandement, les mêmes considérant que de ne pas mourir sur le champ de bataille est une sorte d’abandon de poste, ou pire, une faute professionnelle ».
 
« « Les planqués à l’arrière et les sacrifiés devant » est un cliché qu’on doit bannir de la mémoire collective. »
 
Dans une juste préface, Laurent Guillemot revient sur ce rôle incontournable des chefs. Poste difficile, s’il en est… Mener ses hommes à la victoire, les encadrer jusqu’au bout (et donc vivre), tout en les accompagnant avec la bravoure qu’on veut voir briller dans leurs yeux.
 
Une mission rendue encore plus complexe dans cette Grande Guerre où les généraux se trouvaient devoir exécuter des ordres venus d’en haut sur des terrains difficiles, souvent déjà modifiés par les avancées de l’ennemi. Entre obéissance aveugle et réalisme réfléchi, le poids de la décision leur revenait.
 

La Liste de Foch : les 42 Généraux morts au champ d’honneur

 
Lorsque l’année 1914 s’achève, 300.000 soldats français sont déjà morts au combat, dont 20 généraux. Quand l’armistice est signé le 11 novembre 1918, 1,3 million d’hommes sont tombés sur les 8 millions de soldats français mobilisés. En tout, 41 généraux mourront pour la France, durant la Première Guerre mondiale. Foch en a dressé la liste sur une plaque commémorative dans une chapelle de l’église Saint-Louis des Invalides – Laurent Guillemot y ajoute le nom du général Trumelet-Faber.
 
Il s’en fait le biographe. Il a leur cursus militaire, leurs états de service. Un par un, il les passe en revue – une revue posthume et respectueuse. La plupart n’ont pas 60 ans (mais reconsidérons qu’à l’époque, la moyenne d’âge était de 50 ans). Le général Girodon n’avait que 46 ans, et le général Marcot, « certainement le plus vieux soldat mort au champ d’honneur », affichait fièrement les 69 ans.
 
Les uns, dès Saint-Cyr, ont bien mérité des concours. D’autres, enfants de troupes, ont gravi peu à peu tous les échelons à la force du mérite. Certains n’ont jamais connu le feu ou jamais commandé de brigade sur un champ de bataille… Mais tous sont morts sur le front, tôt ou tard (le général Deffontaines a été tué le tout premier jour d’engagement en août 1914), souvent en visitant ces dangereuses tranchées de première ligne ou en partageant avec leurs hommes la folie tragique d’un combat sans espoir comme celui de Rossignol qui vit périr le général Rondony, le 22 août 1914, mais aussi plus de 27.000 jeune Français, tout le long de la ligne du front… (c’est le jour le plus meurtrier de l’histoire de France)
 
Beaucoup de leurs familles ont d’ailleurs préféré les laisser enterrés au milieu de leurs soldats, à l’image du général Barbot.
 

8.000 obus par jour sur le fort de Vaux

 
C’est aussi l’occasion pour Laurent Guillemot d’évoquer des points ou des anecdotes qui ont retenu son attention, des « limogés », ces 150 généraux qu’on révoqua dans les tout premiers mois de la guerre, à ces fameux corps francs, apparus en 1916, soldats d’élite volontaires, spécialement formés pour des opérations ciblées périlleuses.
 
Plusieurs glorieux épisodes sont retracés comme la résistance du fort de Troyon, au tout début de la bataille de la Marne, ou la défense du fort de Vaux qui vit, en juin 1915, une défense héroïque de sa garnison, malgré la soif et les 8.000 obus de tous les calibres reçus quotidiennement…
D’autres, plus douloureux, comme le sacrifice de ces villages – l’auteur évoque Gerbéviller – qui eurent à souffrir l’exécution par les Allemands de dizaines et de dizaines de civils, ou encore le pilonnage méthodique de la cathédrale de Reims à la mi-septembre 1914…
 

Belle crânerie militaire…

 
La « crânerie »… c’est un mot qui revient souvent sous la plume de Laurent Guillemot. « Était-ce de la crânerie ou de la vanité que d’accompagner ses hommes au combat ? Plutôt de la bravoure et puis aussi le besoin de partager le destin de soldats dont la plupart auraient pu être ses fils » !
Pas de nuance péjorative, ici. La crânerie de ces généraux, ce fut leur mépris du danger, leur témérité assumée et réfléchie … On le voit dans les citations à l’ordre de l’armée, comme celle du général Gaston Dupuis : « A conduit de la manière la plus brillante sa brigade aux combats des 22, 27 et 28 août, des 7 et 8 septembre, où il a été tué dans une tranchée, par un obus allemand, en donnant le plus bel exemple de crânerie à la troupe qu’il a su garder intacte sous ses ordres »
Ce qui ne l’empêche pas, pour autant, de penser à tous ceux qui n’ont pas été retenus sur la fameuse liste de Foch parce qu’ils ne sont pas tombés au champ d’honneur, mais sont morts dans leur lit, des conséquences de cette guerre, vaincu par les fatigues et les maladies… La gloire en est moins crâne, certes, mais le mérite n’en est pas moins grand.
 

Clémentine Jallais