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L’été 1540 en Europe centrale, plus chaud que celui de 2003 : la courbe en crosse de hockey démentie

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La désormais célèbre théorie de la courbe en crosse de hockey de Michael E. Mann qui prétend démontrer que jamais le climat n’a été aussi chaud qu’aujourd’hui sur Terre et que la tendance s’accélère a reçu un nouveau coup de… crosse. Publiée sur le site de l’Institute of Physics (IOP) britannique, association de scientifiques qui compte 40.000 membres, une étude datée de fin 2016 utilisant une méthodologie inédite démontre que le passé a parfois été plus chaud que notre présent. Ainsi l’année 1540 a-t-elle été « exceptionnellement sèche et chaude en Europe centrale », montre ce travail rassemblant en outre une foule de conclusions publiées jusqu’ici. « Nous avons déduit les températures de l’été 1540 du nombre de journées sèches au printemps (mars à mai) et à l’été (juin à août) (…) et nous avons comparé nos résultats avec les températures actuelles », expliquent les auteurs, Rene Orth, Martha M. Vogel, Jürg Lutherbacher, Christian Pfister et Sonia I. Seveniratne. Leur conclusion : les températures maximales quotidiennes en 1540 étaient plus élevées que celles de 2003. Cette année-ci, un épisode de chaleur avait frappé l’Europe et causé de nombreux décès prématurés en France, renforçant une campagne politique pour faire du CO2 le prétexte à un violent basculement technologique, à l’instauration d’une gouvernance technocratique mondiale et en France, évidemment, à la mise en place d’un nouvel impôt sous forme d’une journée de travail gratuit.
 

Après bien d’autres études allant dans les même sens, la corrélation entre nombre de journées sèches et températures élevées a permis de démentir la courbe en crosse de hockey

 
Les scientifiques publiés par l’IOP ont traduit le nombre de journées sèches en Europe centrale cette année-là en évaluations de températures. Ils s’appuient sur une relation linéaire entre températures estimées et journée sèches établie par une simulation sur 3.000 ans en liaison avec le Community Earth System Model (CESM), modèle établi en 2010 aux Etats-Unis par le Département de l’Energie, le National Center for Atmospheric Research et la National Science Foundation. Les auteurs écrivent : « Nos résultats démontrent avec une confiance moyenne que les températures moyenne de l’été et les températures maximales en Europe Centrale en 1540 étaient plus élevées que les températures moyennes estivales actuelles (relevées entre 1966 et 2015) ».
L’équipe de chercheurs poursuit, dans son résumé de conclusions : « La reconstitution à l’aide du modèle suggère de plus, avec une probabilité de 40 % à 70 %, qu’en Europe centrale les températures quotidiennes maximales en 1540 ont été plus chaudes qu’en 2003, et il existe une probabilité de 20 % que les températures maximales de l’été 1540 aient été plus élevées que celles de 2003 »
 

La sécheresse, méthodologie indépendante pour estimer les températures de 1540

 
Certes, reconnaissent les chercheurs, l’incertitude sur la reconstitution de la météorologie de l’été 1540 demeure. Mais, expliquent-ils, « en plus d’approches paléoclimatologiques, nous avons introduit une méthodologie indépendante afin d’estimer les températures de l’année 1540, et contribué ainsi de façon importante à réduire l’incertitude générale dans l’analyse de cet événement ». Et de conclure : « La caractérisation de tels événements et du système climatique en activité est particulièrement intéressante dans le contexte du réchauffement global (actuel) et d’augmentation de la magnitude et de la fréquence de vagues de chaleur extrême. »
 
Dans le détail, l’étude reprend les conclusions de précédents travaux sur le contexte de 1540, quand de vastes territoires européens subirent une sécheresse de plusieurs mois et une chaleur durable. « Des preuves multiples recueillies de la Suisse à la Tchéquie suggèrent que d’avril à juillet les températures de 1540 étaient supérieures à celles de 2003 », lit-on. Durant presque toute cette année-là, le nombre de journées de précipitations rapportées par les chroniqueurs de l’époque fut très faible. Le montant général de précipitations reconstitué à partir de témoignages précis en Suisse et en Pologne fut de loin le plus bas depuis l’an 1500. La sévérité de l’événement climatique de 1540 a été confirmée par le niveau des cours d’eau et les records de surfaces incendiées à travers l’Europe, Russie exclue. Cette reconstitution paraît propre à l’Europe centrale, indiquent les auteurs, les estimations concernant l’est de la France n’y montrant pas de température particulièrement élevées.
 

L’été 1540 en Europe centrale : un temps plus chaud que les récents épisodes extrêmes et l’été 2003

 
Les relations historiques relèvent qu’en Europe centrale à la fin de l’été 1540 les raisins étaient presque desséchés et que les viticulteurs avaient de ce fait retardé les vendanges au-delà des pluies de fin septembre. Selon des relevés extensifs des stries de troncs d’arbres d’une vallée alpine, l’été 1540 dans les Alpes apparaît comme ayant été singulièrement doux, ce qui peut être lié à une sécheresse exceptionnelle, le faible taux de croissance des arbres normalement associé à des températures basses ayant pu être causé en l’occurrence par une sécheresse particulière cette année-là.
 
Dans leur étude, nos chercheurs partent de la démonstration établie selon laquelle les étés secs sont généralement associés avec des températures extrêmes. C’est en s’appuyant sur cette règle qu’ils ont ainsi pu confirmer que les températures de 1540 excédaient les valeurs actuelles et même les épisodes les plus extrêmes tels celui de l’été 2003. Plus : ils établissent qu’avec un fort taux de probabilité l’été 1540 fut plus chaud que la moyenne des étés que nous avons connus durant les cinq dernières décennies.
 

Matthieu Lenoir