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COMEDIE DRAMATIQUE
Un homme intègre ♥♥♥


 
Voici le portrait d’Un homme intègre vu par le cinéma iranien contemporain. Le film éponyme de Mohammad Rasoulof le décrit foncièrement honnête, travailleur, se refusant absolument à user de toute forme de corruption, et ce dans l’acception la plus large du terme. L’entreprise du héros, Reza (Reza Akhlaghirad) pisciculteur dans la région basse septentrionale de l’Iran, près la Mer Caspienne, connaît des déboires. C’est dans ces difficultés qu’il révélera ses vertus humaines, que le réalisateur a voulu mettre à l’honneur.
 
C’est au nom de son honneur d’honnête homme que Reza refuse de graisser la patte aux employés de sa banque afin d’obtenir des rééchelonnements gracieux de son crédit. Il refuse avec la même netteté de participer au vol de la banque par ses propres employés. Hélas, cette attitude a toutes les chances de le conduire à la faillite… D’autant qu’il va rejeter toute transaction douteuse avec le syndicat des eaux, dont le poids est ô combien essentiel pour son activité – son alimentation en eau coupée, ses poissons ne peuvent que périr. Encore une menace de faillite. Trop sûr de son bon droit peut-être, il refusera même de recourir au bon soin de médiateurs pour régler une querelle de voisinage, alors qu’il est sage en Iran de recourir à leurs bons soins, jamais gratuits, avant comme après l’intervention de la justice ou la police. Lorsque les ennuis s’accumulent, en un engrenage terrible parfaitement prévisible, cet homme intègre semble éprouver quelque plaisir morbide à se faire broyer par l’injustice humaine…
 
Ce portrait rappelle beaucoup celui du Misanthrope de Molière, avec, en des contextes différents, des mécanismes psychologiques fort semblables.
 
Son épouse Hadis (Soudabeh Beizaee, directrice d’un collège pour jeunes filles, se soumet, elle, parfaitement au système et aux règles en place, même si elle les estime souvent injustes in petto. Au point de participer à sa manière, sur ordre supérieur explicite, à la persécution d’une famille de Bahaïes, membres d’une secte religieuse iranienne, considérée comme apostate de l’Islam, et devant donc officiellement disparaître.
 
Si les cinéastes en Iran sont souvent plus libres qu’on ne pourrait le penser, avec ici par exemple un portrait au vitriol d’une société corrompue, il est clair que la limite du dicible est atteinte avec ce sujet religieux, exprimé en périphrases. Cette femme, pour le moins peu courageuse, n’en déplore que d’autant plus le caractère « suicidaire » de son mari, qui réussira à ruiner sa famille par ses extravagances. Les choses sont ce qu’elles sont en Iran, et il n’a pas le pouvoir de les changer à lui tout seul !
 
Signalons que la dernière partie du film, et c’est une excellente chose pour son intérêt dramatique, surprendra. Le révolté ne se laissera pas conduire passivement à la ruine. Où l’on apprend que personne n’est parfaitement pur, pas même les rares amis a priori honnêtes et désintéressés de cet homme intègre, un très bon film qui en dit long sur l’humanité.
 

Hector Jovien

 
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